« C’était la sortie dominicale », se remémore Arno, 24 ans. La Rivière Enchantée, le roller coaster (montagnes russes), les Chaises Volantes, les stands forains, la ferme… Les attractions du Jardin d’Acclimatation rythmaient les rituels de fin de semaine.
Mais, avec le temps, ce sont davantage les instants de partage et de joie que le jeune homme retient aujourd’hui : « Je me souviens des moments en famille, des échanges avec les cousins… » Et c’est bien cet esprit et ces souvenirs que le parc de l’Ouest parisien a su insuffler et construire au fil des années. « Nous cherchons toujours à procurer le même bonheur », assure Marc-Antoine Jamet, PDG du Jardin d’Acclimatation.
Esprit Second Empire
Créé en 1865 sous l’impulsion de Napoléon III et l’impératrice Eugénie – enthousiasmés par le concept de Hyde Park à Londres –, le Jardin d’Acclimatation a été imaginé comme un espace où la nature et le loisir se rencontrent, à la lisière du bois de Boulogne. Sous l’impulsion de l’empereur, le baron Georges-Eugène Haussmann, préfet de la Seine, joue un rôle clé dans la réalisation de ce projet ambitieux.
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Entouré de l’ingénieur Jean-Charles Adolphe Alphand, du paysagiste Jean-Pierre Barillet-Deschamps et de l’architecte Gabriel Davioud, il façonne un parc de 20 hectares, qui s’impose très vite comme un fleuron de l’Ouest parisien. Le Jardin d’Acclimatation a alors pour mission d’abriter une société zoologique – dirigée par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire –, chargée d’« acclimater » la faune et la flore des quatre coins du monde.
Le projet visait à faire découvrir les civilisations et cultures lointaines aux Parisiens. Promeneurs, enseignants et savants viennent y satisfaire leur curiosité. « Le jardin et ses expositions sont visités par Gérard de Nerval, Léon Blum, Marcel Proust, Ravel, Debussy. C’est un moyen de mieux connaître la Terre », rappelle Marc-Antoine Jamet. Jusqu’à ce que le modèle s’essouffle. Aux alentours des années 30, des attractions sont installées. La première, la Rivière Enchantée, date de 1928.
Naturellement parisien
Depuis, les animaux exotiques ont laissé place à une faune locale, « hébergée » au sein d’une ferme et d’une volière abritant 400 oiseaux et animaux domestiques ou en voie de disparition.
De nouvelles attractions ont vu le jour. Le Jardin d’Acclimatation s’est ouvert aux visiteurs de la Fondation Louis Vuitton – inaugurée sur le même site en 2014 –, séduisant les habitants de la capitale, les Franciliens et les touristes du monde entier. « Il s’agit à la fois d’un lieu de promenade, de divertissement, de culture et de patrimoine, observe Marc-Antoine Jamet. L’ensemble est complémentaire. Cela nous apporte une diversité de fréquentation et crée un dynamisme. »
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En 2018, la Ville de Paris a de nouveau attribué la concession du Jardin d’Acclimatation au groupe LVMH, qui en avait hérité en 1984 après un appel d’offres. Quelque 80 millions d’euros sont alors investis dans la modernisation du parc, de ses espaces paysagers et de ses manèges. Le projet de divertissement est confié à Thierry Rétif, designer-scénographe-architecte qui conçoit un univers rétrofuturiste. Speed Rockets, Side Cars, L’Aéropostale, Grand Carrousel… De nouvelles attractions voient le jour. Le paysagiste Philippe Deliau recrée les allées d’origine et déminéralise le parc. Le pigeonnier est restauré. Voitures thermiques et stationnement sont bannis, tout comme les phytosanitaires.
Dans les allées, les 400 employés, dont 200 permanents, assurent la gestion animalière, l’entretien, l’animation, la restauration… dans des tenues signées Louis Vuitton, confortables et discrètes. Le Jardin d’Acclimatation prend un nouveau souffle, sans perdre son âme. « Il fallait que le côté enfantin et notre baseline “naturellement parisien” soient conservés », souligne Marc-Antoine Jamet, également secrétaire général de LVMH.
Le succès est au rendez-vous. En 2018 et 2019, le parc attire quelque deux millions de visiteurs et continue de séduire les célébrités 365 jours par an. « C’est toujours le jardin des stars et du pouvoir », remarque le patron des lieux. « On a vu passer le ministre de la Culture chinois, le Premier ministre de Singapour. Le maire de Séoul vient assez régulièrement… » Et de citer également Pio Marmaï ou encore Adèle Exarchopoulos. Et sans demande de selfie ni d’autographe. Le code est tacite. « Il perdure une notion de respect. »
Revisite et recommandation
« Mais aujourd’hui, l’idée d’être uniquement un square parisien n’est plus suffisante », constate le magistrat à la Cour des comptes. La concurrence s’est intensifiée. À cela se sont ajoutés le Covid et l’inflation… « Les gens ont changé. Il faut les attirer autrement, poursuit-il. Notre but est de conquérir toutes les générations, tous les types de famille, et d’élargir la cible géographique ainsi que la cible d’intérêt. Il ne faut pas que ce soit la pire journée du papa divorcé, de la maman solo, du grand frère ou de la grande sœur. »
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Une ambition qui passe par une offre renouvelée. Jurassic Island 360° XPerience, Rafting Adventure, Kinétorium, Ball-O-Mania avec Angry Birds… Cinq expériences numériques sont créées, tandis que des installations éphémères, notamment la Grande Roue, invitent à la « revisite » du lieu.
Des attractions permanentes sont également inaugurées, comme la Toupie pour les plus jeunes ou, dernières nouveautés en date, le Carrousel Louis Vuitton sur le chemin de la Fondation et le Défi du Dragon, un roller coaster nouvelle génération construit par le leader allemand Gerstlauer. D’un coût total de 12 millions d’euros, ce dernier est doté de la première plateforme rotative au monde et affiche une vitesse de pointe de 50 km/h avec un démarrage catapulté. L’ensemble est intégré au cœur d’une bambouseraie de 2 500 m2 où coule une rivière, décuvelée pour lui redonner son cours naturel.
Une approche mécénale
Chasse aux œufs à Pâques, célébration de Holi, la grande fête indienne des couleurs en mai, Family Festival en juin, festival coréen en septembre, Día de los Muertos en octobre… Au-delà des attractions, un programme d’animations, resserré mais riche, est également proposé. L’art y a aussi toute sa place au travers de sculptures, comme celle de Takashi Murakami, ou de diverses expositions. Les prochaines étapes ? Le réaménagement de la pataugeoire d’ici l’été et la rénovation de l’ancien musée national des Arts et Traditions populaires l’an prochain.
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« Il s’agit d’un parc à thème sans thème. Ici, vous n’êtes pas envahi par les marques, les mascottes ou les égéries, insiste Marc-Antoine Jamet. Néanmoins, nous cherchons à avoir la même performance et à susciter la même excitation. » Le tout dans les standards d’excellence de LVMH, tant du point de l’esthétisme, de l’accueil et de la sécurité. Et ce, avec une entrée à seulement sept euros.
Le PDG précise : « Nous avons une approche très mécénale. Notre objectif est surtout de viser l’équilibre plutôt que de générer des millions. Pour autant le Jardin, actuellement, est une charge pour LVMH, mon actionnaire principal, et je lui suis reconnaissant de son soutien. » Un appui de poids qui permet de générer une fabrique à souvenirs dans un patrimoine unique du XIXe siècle.
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Photo de Une : © Sylvain Bachelot




