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Kyoto, raconte-moi une histoire

Le Japon, sur les traces d’un grand Empire (3/4). « Ce que l’on appelle le beau n’est d’ordinaire qu’une sublimation des réalités de la vie. » Sous la plume de Jun’ichirō Tanizaki naît un Japon des traditions et de la contemplation, qui vit avec son entourage comme dans un éternel remerciement. L’œuvre de cet auteur à lire avant tout départ, Éloge de l’ombre (1933), dépeint l’harmonie entre la pénombre et la nuit indomptable qui a façonné l’Empire du Soleil-Levant, illustrant une culture de gratitude envers la beauté insufflée ainsi que la capacité de l’homme à la sublimer.

Que ce soit à travers la création de laques reflétant les soupes à la lueur d’une source de chaleur, l’utilisation du kintsugi pour magnifier le passé d’un objet sous faible luminosité ou simplement par l’observation des rues désertes sous le halo d’un lampadaire, chaque élément du quotidien invite à une réflexion sur l’essence de l’âme nipponne. Sur cette terre où la nature est sacrée et où les principes shintoïstes enseignent que tout élément possède une âme à respecter et à apprécier, une sensibilité particulière se révèle dans chaque acte et geste du quotidien. Cet archipel, porteur d’un sens profond de l’héritage, propulse tout visiteur au-delà de ses frontières, à la découverte d’un autre monde.

Jade Mahdavi

Ancienne ville impériale, Kyoto garde bien plus ses secrets que sa grande sœur Tokyo. Ses cultes ancrés depuis des centaines d’années lui octroient une forme d’impassibilité face aux mœurs de nos sociétés modernes. Son architecture plus classique et plus basse donne l’impression au visiteur d’être ramené dans le passé. Ici, pas de pollution lumineuse, pas de publicité ni de musique dans les rues comme dans la capitale.

Le mode de vie kyotoïte va à l’essentiel et prêche la simplicité derrière un certain mysticisme. Le silence permet de mieux s’imprégner de l’identité de la ville et d’essayer d’en comprendre l’âme. On le ressent par exemple lorsqu’on traverse Gion, le quartier des geishas.

Un endroit où, la nuit, lorsque seuls demeurent les habitants et les habitués, on peut essayer d’imaginer ce que renferment les grandes portes en bois cachées derrière des rideaux ou ce qu’ont d’envoûtant les bars camouflés sous une lumière tamisée. Tout est suggéré, rien n’est su. Kyoto est une ville de pure déambulation et de création de mythes.


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Les légendes de Kyoto

Dans cette métropole où l’on s’invente la vie des autres et tente de deviner des histoires, certains ont créé une légende. Kōchō Nishimura, sculpteur et restaurateur d’œuvres d’art est, dans le courant du XXe siècle, devenu le moine en chef du temple Otagi Nenbutsu-ji, à ce moment-là presque totalement à l’abandon.

Seuls quelques vestiges du VIIIe siècle subsistaient encore tant bien que mal. Lorsque le moine sculpteur a repris ce lieu de culte, ce fut une transformation historique, à l’image d’un phénix renaissant de ses cendres. Dans l’enceinte du lieu ont été positionnées des centaines de sculptures de rakan.

Si ces fidèles et fervents disciples de Bouddha sont souvent représentés par de simples pierres enterrées dans le sol, Kōchō Nishimura, lui, n’en a pas fait de même. Profitant de son expertise du travail de la pierre, il a enseigné à des volontaires les rudiments de la sculpture afin que chacun puisse créer son propre rakan.


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Un lieu de contes et de secrets

Grâce à cela, lors de la rénovation du temple dans les années 1980, des amateurs venus de tout le Japon ont façonné à ces disciples mille nouveaux visages et corps. Certains rient, d’autres grimacent, l’un tient un enfant tandis qu’un autre enlace son voisin. Peut-être une allégorie de la préfecture mystique qu’est Kyoto, un lieu de contes et de secrets.

Tous les songes et réflexions sont également permis lorsqu’on se balade sur le chemin de la Philosophie. Longeant un petit cours d’eau bordé de cerisiers, on marche du nord au sud de la cité en se laissant éveiller par les éléments du paysage environnant.

Vieilles baraques en bois aux volets entrouverts, pollens volant au vent, brise douce qui sublime le chant des oiseaux, on laisse libre cours à son imagination pour visualiser la signification de tout ce décor. Après tout, l’endroit ne porte pas ce joli nom pour rien. Si l’on ne se raconte pas d’histoires maintenant, quand le fera-t-on ?


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Photo de Une : Kyoto, le temple Daigo-ji © Kholl Khr Maxime

Article initialement publié le 7 juin 2024, mis à jour le 9 avril 2025.

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