La liste des postes clés dans la carrière de Lorenzo Pellicioli en France, à Londres et aux États-Unis, a un temps envisagé de prendre sa retraite après avoir enchaîné des fonctions de dirigeant et conseiller dans les médias, les croisières, la finance, l’édition… Cet amateur de grands vins s’était mis en quête d’une belle maison dans le nord de l’Italie ou le sud de la France avec quelques vignes car « le vin regroupe la terre, le patrimoine, l’histoire, le marketing, le commercial, la communication… ».
De passage en Provence en 2001, on lui parle de Pierredon, un lieu au passé riche et mouvementé, ravagé par un incendie qui a, heureusement, épargné son abbaye du XIIIe siècle. La grande bâtisse en pierre, hors du temps, séduit immédiatement Lorenzo et sa femme Mariarosa. « Nous sommes en fait tombés amoureux d’un paysage dantesque aux arbres calcinés gardé par des paons, comme les oies au Capitole », raconte l’homme d’affaires.
Renaissance d’un vignoble
L’abbaye de Pierredon est fortement marquée par l’empreinte de son dernier propriétaire, Jean Martin-Roch, peintre autodidacte excentrique qui l’avait acquise en 1951. Un de ses tableaux de la Sainte-Victoire réinterprétée en pastels mauves et bleus trône encore dans la salle de dégustation.
Sur le mur d’une chambre, la photo de ce colosse à longue barbe et au regard perçant, en robe de bure, enjoint les Pellicioli de sauver l’abbaye. Le couple devient ainsi propriétaire de cet écrin de verdure de plus de 600 hectares aujourd’hui émaillés d’œuvres contemporaines. Avec l’aide de l’architecte Alexandre Lafourcade et d’artisans locaux, les Pellicioli font restaurer la bâtisse dotée d’un grand potager et de jardins à l’italienne.
Mais Lorenzo s’attelle surtout à recréer un vignoble. Jadis inscrit au cadastre napoléonien, il avait disparu depuis des décennies. On lui suggère des cépages locaux. « Mais moi, j’aimais surtout le merlot, celui qui fait des merveilles dans le masseto de Toscane, et le sauvignon blanc, avec des élevages à la bourguignonne. Ici, j’ai aussi appris à apprécier les rosés. » Les vignes morcelées sont travaillées en bio dès le départ et abritent une quarantaine de ruches.
Lorenzo a pour l’instant renoncé à prendre sa retraite. Ce proche du couple Clinton préside toujours le groupe de médias italien De Agostini, dirige la compagnie d’assurances Generali, sans compter sa participation à plusieurs conseils d’administration. Mais la fonction qui le comble le plus est bien celle de vigneron. « J’espère juste qu’un jour l’un de mes petits-enfants s’y intéressera assez pour reprendre le domaine et assurer sa pérennité. »
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Photo de Une : Abbaye de Pierredon




