L’empreinte de LVMH en 2023 est de 7,4 millions de tonnes équivalent CO2. Par rapport à 2019, vous êtes déjà parvenus à réduire de près de 30 % vos émissions directes et indirectes. Comment l’open innovation contribue-t-elle à vos objectifs ?
Laëtitia Roche-Grenet : L’idée est de profiter de la diversité de notre Groupe et des Maisons pour « cross-fertiliser » tous ces sujets. D’un côté, la partie intrapreneuriale, par l’entremise de notre programme DARE (Disrupt, Act, Risk to be an Entrepreneur), permet de faire remonter les projets d’innovations de nos collaborateurs, dont 20 % des idées portent d’ailleurs sur des innovations durables. De l’autre côté, nous sommes en permanence à l’écoute de nos Maisons et parcourons tous les salons internationaux pour détecter de nouvelles start-up. Enfin, le LVMH Innovation Award, que nous présentons chaque année à VivaTech, est aussi un précieux levier. Pour cette édition 2024, une candidature sur quatre était d’ailleurs une solution Green Tech. L’essence même du luxe est la durabilité. Cela se diffuse donc assez naturellement.
Hélène Valade : L’innovation est l’une des quatre valeurs du Groupe, et elle est vraiment logée à tous les étages, y compris dans les contrats avec nos partenaires. Il est aussi très important d’aller chercher les solutions en échangeant avec nos concurrents, notamment sur l’enjeu de la traçabilité. Le mot d’ordre est celui de l’innovation partenariale, qui passe souvent par la capacité à monter des consortiums ou des coalitions. C’est le cas, par exemple, quand LVMH conclut une alliance avec de grands bailleurs commerciaux en Chine ou aux Émirats arabes unis, permettant de définir des objectifs clairs et de mettre en place des pratiques ambitieuses et innovantes en matière d’environnement, allant de la consommation d’eau, l’efficacité de la climatisation et l’utilisation d’énergies propres jusqu’aux pratiques de conception et de construction.
Aectual a remporté le prix Développement durable et Green Tech du LVMH Innovation Award 2024. Qu’est-ce qui vous a séduit ?
LRG : Aectual imprime en 3D des déchets recyclés et des matériaux d’origine végétale pour créer du mobilier d’intérieur circulaire et personnalisable. La plateforme a retenu notre attention parce qu’elle peut être utilisée à très grande échelle et parce qu’elle répond aux problématiques d’animation permanente de nos boutiques.
Quel est le rôle de La Maison des Startups LVMH à la Station F, à Paris ? Et quels sont les critères d’entrée ?
LRG : Il s’agit d’un accélérateur, pas d’un incubateur. Nous sommes vigilants à ne pas tomber dans les affres du green- washing au prétexte que la solution a l’air sympa… Les start-up sélectionnées doivent répondre aux besoins de nos Maisons et des équipes. Ensuite, nous regardons leur niveau de maturité et leur capacité à passer à l’échelle pour pouvoir avoir de l’impact et diffuser au sein des Maisons. Le nombre de collaborations entre les start-up et les Maisons est un indicateur que nous suivons de près. C’est un écosystème fertile et dynamique.
Quels sont les résultats ?
LRG : Depuis son ouverture, nous comptons 750 collaborations, dont une centaine engagée sur la transformation environnementale. Parmi les gagnants de l’an dernier, Woola, qui propose une alternative durable au plastique bulle, a déjà signé cinq collaborations avec nos Maisons, et LivingPackets, qui offre une solution d’emballage réutilisable et sécurisé, en compte six, dont Berluti. Mais on peut également citer BioFluff, une start-up de biomatériaux, qui collabore avec Stella McCartney.
HV : Et il y a aussi Toshi, qui s’occupe de la livraison du dernier kilomètre en utilisant des moyens de transport extrêmement décarbonés. Elle collabore avec Berluti, Christian Dior Couture et Rimowa.
Qu’en est-il du programme DARE ?
LRG : Nous comptons aujourd’hui 33 projets intrapreneuriaux intégrés au sein des Maisons de LVMH et une cinquantaine en incubation… Nombre d’entre eux ont des impacts green. C’est le cas d’Iris chez Loro Piana, une machine qui permet de réduire significativement les matières mises de côté lors des contrôles qualité grâce à une photographie rapide et précise des couleurs, permettant ainsi de préserver davantage les ressources.
HV : Nona Source également a pu naître grâce à ce programme et s’inscrit pleinement dans la stratégie environnementale de LVMH pour révolutionner l’approvisionnement et favoriser l’économie circulaire. Grâce à ce type de solutions, 97 % des Maisons se sont désormais dotées de nouveaux services de circularité, qu’il s’agisse de revalorisation des matières ou de réparabilité.
Quelles tendances voyez-vous émerger de ces différents programmes ?
HV : De plus en plus de start-up se posi- tionnent sur la mesure d’impact, notamment sur l’agriculture régénératrice dont les résultats sont difficiles à mesurer. Les technologies – extrêmement précises – de fermentation se développent également : elles permettent de faire émerger des matériaux à partir de mélanges de sucre, d’eau et aussi de microbes, de champignons…
Y a-t-il des ponts avec Gaïa, le centre de recherche dédié au « luxe durable et digital » du Groupe ?
LRG : Chez LVMH, nous restons extrêmement vigilants à ce que la durabilité soit synonyme de progrès continu. C’est pour cela que notre groupe a lancé le centre de recherche Gaïa, afin de promouvoir un modèle capable d’inventer ensemble le luxe durable de demain. L’ADN de Gaïa est d’être au service de toutes les divisions du Groupe et de demeurer ouvert sur l’extérieur à tous les écosystèmes de recherche et d’innovation, avec une culture forte du partenariat.
HV : Compte tenu de la complexité des enjeux, nous avons en effet intérêt à lier étroitement développement durable, innovation et recherche fondamentale. Celui de l’élimination du plastique en est un, car se passer de ses qualités intrinsèques est très compliqué, or les solutions ne sont pas encore au rendez-vous Et puis, sur la question des matières alternatives, comme le cuir végétal, il faut prendre le temps de l’analyse complète des cycles de vie, car il peut y avoir de fausses bonnes innovations. Mais nous travaillons sur toutes les pistes avec des start-up, et l’une des premières missions de Gaïa est justement de travailler à l’émergence de ces nouveaux matériaux.
Quels sont les prochains défis à relever ?
HV : Sans doute celui du zéro plastique d’origine fossile d’ici à 2026, sur lequel nous rencontrons encore de nombreux obstacles, techniques notamment. C’est un vrai challenge. Par ailleurs, il s’agit maintenant d’entraîner tous nos fournisseurs dans la transformation durable. Nous avons pour cela lancé un nouveau plan d’action, le LIFE 360 Business Partners, pour les accompagner dans leur transition environnementale. Sourcer des innovations dont ils pourraient bénéficier est un objectif pour les années à venir. Et je vais être de plus en plus attentive à l’innovation comportementale et aux sciences cognitives, parce qu’il n’y a pas uniquement l’innovation technologique pour transformer et développer de nouveaux réflexes durables. Tous ces sujets exerceront une influence sur les innovations que nous allons sourcer.
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Photo de Une : Laëtitia Roche-Grenet (© LVMH) et Hélène Valade (© Gabriel de la Chapelle)




