mère poulard

Mont-Saint-Michel : Omelette céleste chez La Mère Poulard

Son nom est Poulard, Mère Poulard, au service de Sa Majesté l’ange Michel. Depuis 1888, son omelette rassure l’appétit des pèlerins comme des visiteurs. Sa légende embellit à la lumière du monument. Une alchimie réussie.

Jean-Pierre Chanial et Nicolas Imbert

Officiellement, la recette reste le secret le mieux gardé de Normandie, voire du pays. Heureusement, le coup de main est révélé. L’ange Michel, qui veille au faîte de l’abbaye, s’en réjouit.

Des œufs, beaucoup d’œufs (7 000 chaque semaine, tous pondus dans les prés du voisinage), du beurre, pas mal de beurre (près d’une demi-tonne par mois, AOP d’Isigny évidemment), battre une éternité sur un rythme de samba dans une bassine cul-de-poule en cuivre, enfourner la poêle à très long manche dans l’âtre où crépite le feu de bois. Ensuite… laisser faire le ciel. Le chef Christophe Pacheco opine : « C’est une cuisine de l’instant, qui se fait à l’œil, au geste, et même au bruit. »

Après l’émotion ressentie à la vue du Mont – mille ans de grandiose solitude au gré des marées (oui, la vitesse du cheval au galop !) et des prières bénédictines, aujourd’hui chantées par une douzaine de voix des Fraternités monastiques de Jérusalem – vient celle d’une onction aussi mousseuse qu’aérienne : la célèbre omelette. Ainsi soit Dame Poulard, née Annette Boutiaut, à jamais reine de la forteresse.

Reine de la forteresse

Des contestations ? Régulièrement. Vient d’ouvrir, par exemple, Le Logis Sainte Catherine – avec Mauviel 1830, manufacture familiale locale, haute référence de l’inox dans les cuisines de pros. Carte sophistiquée, mer ou terre, ambiance chic. La sérénité règne comme jamais devant les flambées de La Mère Poulard. La dame en a vu tant d’autres. Son omelette soufflée demeure unique, iconique. L’ange Michel veille sur sa Mère… et sur vous, confortablement installé dans l’une des chambres que propose l’hôtel La Mère Poulard aux convives qui ont décidé de prolonger l’expérience.

La Mère Poulard, 3 boulevard de l’Avancée, 50170 Le Mont-Saint-Michel. L’omelette, entre 39 € et 45 € (95 € à la truffe). Réservation uniquement sur le site lamerepoulard.com

Hôtel La Mère Poulard, Grand-Rue, 50170 Le Mont Saint-Michel. La nuit en chambre double dans la maison d’Annette Poulard, à partir de 200 €. Tél. : 02 33 89 68 68. lamerepoulard.com

Le Logis Sainte Catherine, 6 ruelle Sainte-Catherine, 50170 Le Mont-Saint-Michel. Compter une centaine d’euros, vins en sus. Tél. : 02 33 89 14 45. lelogissaintecatherine.com


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Pour la petite histoire… du Mont-Saint-Michel

Tout commence en 708, à Avranches, par un miracle : l’archange saint Michel, chef des armées célestes, apparaît à l’évêque Aubert et lui demande à trois reprises de bâtir un sanctuaire en son nom. Sur un rocher brut, une première église voit le jour. Très vite, le site devient un haut lieu de pèlerinage à l’échelle européenne. Autour de l’édifice, un village émerge : ouvriers et compagnons y travaillent à la construction, tandis que commerçants et aubergistes accueillent les pèlerins.

 

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En 1022, l’abbé Hildebert s’apprête à lancer le grand chantier de l’église abbatiale. Il lui faut beaucoup de pierres pour mener à bien ce projet : les moines veulent une église capable de recevoir dignement les fidèles… et, accessoirement, de refléter la générosité et la puissance des ducs de Normandie.

On cherche donc du granite. Ce sont finalement les pierres de l’archipel de Chausey, situé à 30 kilomètres du Mont, qui seront utilisées. Cette granodiorite gris-bleu, mouchetée de mica blanc et noir, était acheminée par mer sur des barges, puis tractée à marée haute à l’aide d’un treuil.

Phénoménal

Tout autour du Mont, cinq fleuves déversent chaque jour plus de trois millions de mètres cubes d’eau douce, creusant la baie et repoussant le sable charrié par la mer. L’argile des fleuves, mêlée au sable marin, forme la célèbre tangue, ce sédiment argilo-calcaire à l’origine des impressionnants sables mouvants.

On peut également observer deux autres phénomènes spectaculaires : le mascaret, cette vague qui remonte la baie à contre-courant et submerge les eaux des fleuves côtiers (le Couesnon, la Sélune et la Sée), et l’ensablement, contre lequel les travaux de préservation de la baie luttent depuis des années.

Aujourd’hui encore, les Fraternités monastiques de Jérusalem vivent dans les logis abbatiaux. Depuis plus d’un millénaire, la baie du Mont-Saint-Michel attire pèlerins et visiteurs. Et de nos jours, ce sont près de trois millions de curieux qui déambulent chaque année dans ce lieu unique, première destination touristique française après Paris.

Pour en savoir plus, offrez-vous un guide passionnant : Benjamin Pontais, tél. : 06 83 09 97 64. Courriel : benenbaie@gmail.com. benenbaie.fr

Excursion autour du Mont (2 heures) : cette sortie dans la baie aborde tous les essentiels à savoir sur le Mont et sa baie (histoires et légendes, fonctionnement et spécificités de la baie : faune, flore, plus grandes marées d’Europe, sables mouvants…). Tarifs : 15 € par adulte, 10 € par enfant (6-14 ans).


Lire aussi : Normandie, de passage sur la côte fleurie


Photo de Une : © Alexey Komissarov

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