L e violoniste de renommée internationale, que l’on a pu entendre au concert de réouverture de Notre-Dame, incarne l’excellence musicale. Né en 1976 à Chambéry, il commence le violon à l’âge de 4 ans et fait vite preuve d’un talent exceptionnel. À 18 ans, il entre au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où il perfectionne son art sous la direction de maîtres éminents, tout en développant une vision unique du violon et de l’interprétation.
Dès ses premiers concerts, il se distingue par une sonorité chaude et puissante, une maîtrise technique impressionnante et une capacité rare à transmettre des émotions à travers sa musique. Sa carrière prend un tournant décisif lorsqu’il remporte le prestigieux concours de violon de la Geneva International Music Competition en 1998. Dès lors, les invitations aux plus grands festivals affluent, et Renaud Capuçon se produit régulièrement avec des orchestres de renommée mondiale, comme le New York Philharmonic.
Son répertoire est vaste, allant des chefs-d’œuvre classiques aux œuvres contemporaines, mais il se distingue surtout par sa manière de rendre chaque opus intemporel. Le rapport de Renaud Capuçon au temps est fascinant : il semble à la fois le dominer et se laisser emporter par lui, comme si, sous ses doigts, celui-ci devenait une matière fluide. Capuçon ne se contente pas de jouer la musique, il cherche à extraire la vérité de chaque seconde.
Sa musique, toujours empreinte de cette réflexion sur le passage du temps, devient une sorte d’éternité suspendue. Ainsi, en plus de sa virtuosité, Renaud Capuçon est un artiste profondément humain qui, avec son violon, rend hommage à ce qui dépasse le temps : l’émotion pure et universelle de la musique.
Renaud Capuçon, d’où vous vient votre passion pour les montres ?
Je me souviens que j’ai eu ma première montre à 8 ans. Comme beaucoup, j’ai eu ensuite des Swatch. Puis j’ai cédé à la mode du quartz. Mais j’ai vraiment découvert la belle horlogerie à 20 ans, grâce à un ami pianiste qui m’a introduit auprès de la Maison Ebel, à La Chaux-de-Fonds. J’ai eu le plaisir de rencontrer ses dirigeants. Ils m’ont offert de très belles montres que j’ai portées pendant des années. Avec Ebel, j’ai commencé à m’intéresser de près aux vraies montres. Sans être un exégète ni un spécialiste des mouvements, l’horlogerie me fascine. Je trouve qu’il y a énormément de parallèles avec la musique, notamment les notions de patience, de transmission, de connaissance et de précision.
Êtes-vous devenu un vrai connaisseur avec le temps ?
Oui, on peut dire ça. Chaque année, je me rends à Watches & Wonders, le salon de la haute horlogerie à Genève. J’ai pénétré dans cet univers lors de ma première visite à la Villa Turque avec Ebel. J’ai compris ces objets, je me suis intéressé à leur fabrication, à l’art des complications, tout ça m’a fasciné. Depuis, je regarde toujours les nouveautés avec beaucoup d’intérêt.
Qu’appréciez-vous le plus dans une montre ?
La première chose qu’on regarde quand on rencontre quelqu’un, c’est sa montre. Je trouve que ça raconte beaucoup. Ne pas avoir de montre, ça dit aussi quelque chose. Le fait qu’un homme porte sa montre à droite ou à gauche, ça donne des indices sur sa personnalité. Au début, j’avais pris l’habitude de mettre ma montre à gauche, mais j’étais obligé de l’enlever pour jouer. À cause de ça, j’en ai perdu quelques-unes. Au bout de trois fois, j’ai changé et je l’ai placée à droite.
Quelles sont les marques que vous affectionnez particulièrement ?
J’apprécie beaucoup Grand Seiko, Patek Philippe, Rolex pour sa philosophie et sa communication. Il y a plein de montres que je ne peux pas porter quand je joue, mais que je porte en répétition. J’ai toujours aimé les montres d’un certain diamètre. Je garde un très bon souvenir de ma visite à la manufacture Panerai, il y a 15 ans. La méticulosité des horlogers et des artisans m’a toujours ébloui. Nous avons plein de points communs. Par exemple, un archet pèse 62 grammes, c’est très précis, au gramme près. La précision, on l’a dans la musique.
Et Vacheron Constantin ? Vous avez posé récemment dans le magazine Montre Heroes avec leur dernier modèle…
Je la trouve magnifique. C’est une couleur qui me plaît, ce bleu. Et puis, le sigle de Vacheron Constantin, la croix de Malte, est étrangement proche de la croix grecque tréflée du luthier Guarneri del Gesù, dont je possède l’un des violons. Pour revenir à la montre elle-même, elle est élégante, belle, très agréable à porter. Je ne suis pas un spécialiste de cette marque, mais c’est clairement une Maison de qualité, avec une grande tradition.
Y a-t-il aussi quelque chose dans votre rapport au temps qui vous lie aux montres ?
En musique, on parle de silence, de timing, de tempo… La musique n’existerait pas sans le temps, sans les silences d’une seconde, d’une seconde et demie, qui lui donnent du poids. À titre personnel, je dois gérer chaque minute, car j’ai plein de choses à faire. C’est un privilège de vivre de sa passion, mais, pour moi, le temps est compté. Ce rapport au temps est essentiel dans ma vie, jusque dans la notion de repos, de temps de concentration, de vacances.
C’est-à-dire ?
Je suis capable, l’après-midi, de faire une sieste avant mes concerts. Dormir, c’est une façon de m’accorder un repos, minuté ; après cela, j’ai mille fois plus d’énergie. J’ai développé une façon très particulière de gérer le temps. Si j’ai une journée de libre, je suis capable d’en profiter comme s’il s’agissait de dix jours. Pour ce faire, je la projette trois semaines à l’avance et, le moment venu, j’en profite à fond.
Avant, j’étais stressé. Aujourd’hui, je suis capable de complètement fermer les écoutilles, de relâcher, de me reposer. Cette gestion du temps, cela s’entretient, cela se programme : j’arrive à faire en sorte que ça devienne entièrement naturel. Quand j’étais jeune, je travaillais des heures sur mon violon. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire ; grâce à une plus grande qualité de concentration et une meilleure efficacité, je n’ai besoin que d’une heure. De ce fait, je fais mille fois plus de choses qu’avant. J’aborde le stress très différemment.
Est-ce à dire que votre vie est rythmée par un chronomètre ?
Non, pas du tout. La musique se fait dans le calme. Bien sûr, je mets des alarmes ou des réveils pour programmer des moments de répétition, mais, à l’intérieur de ces bulles, c’est zéro stress, la sérénité totale. Souvent, c’est cloisonné. À la fin de la journée, je peux avoir effectué dix heures de travail, mais, en faisant plein de choses différentes qui me nourrissent musicalement, intellectuellement… Si je dispose d’une heure ou d’une heure et demie après un concert, je repousse les murs du temps, je vais profiter de chaque seconde. C’est en réalité une façon très hédoniste de jouir de chaque instant, mais de manière non planifiée, plutôt intellectualisée.
Comment faites-vous pour ne pas courir tout le temps ?
Par exemple, je m’occupe moi-même de mes voyages, de mon organisation, de sorte que je n’arrive jamais en courant. J’anticipe même. Parfois, mon épouse me dit que je suis maniaque du contrôle, et c’est vrai : pour ne pas être stressé, je préfère partir 15 minutes avant… Cela évite l’effet domino consécutif à un retard initial. Ne pas courir permet d’être serein. C’est mille fois plus agréable. Pour exercer ce métier, qui consiste à faire « sonner » la musique des génies et à la travailler pour l’offrir au public, il faut être dans la sérénité, rester disponible. Quand j’étais plus jeune, je courais pour arriver en avance. J’étais consciencieux, mais je me rendais anxieux. À un moment, j’ai décidé de reprendre le contrôle du temps.
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Photo de Une : Renaud Capuçon porte une montre Piaget Altiplano © DR




