Au Bon Marché, Song Dong s’installe, s’infiltre, détourne. Depuis le 10 janvier et jusqu’au 22 février, le grand magasin de la rive gauche accueille l’artiste chinois avec Objets divers et variés – 百货 (bǎihuo). Une exposition pensée comme une œuvre d’art totale, disséminée dans les vitrines, sous les verrières et jusqu’au deuxième étage. Autrement dit : impossible de la rater, même en venant « juste faire un tour ».
Depuis plus de dix ans, Le Bon Marché fait de janvier un rendez-vous arty assumé, renouant avec l’esprit visionnaire de ses fondateurs Aristide et Marguerite Boucicaut. Après Ai Weiwei, Joana Vasconcelos, Daniel Buren ou Ernesto Neto, c’est donc Song Dong, figure majeure de l’art conceptuel contemporain chinois, qui investit le lieu. Son terrain de jeu favori ? Les objets du quotidien, chargés de mémoire, qu’il détourne pour mieux questionner notre rapport à la consommation et au temps.
Le magasin comme œuvre vivante
Song Dong n’aime pas les cadres figés. Habitué à travailler hors des musées, il transforme ici l’ensemble du Bon Marché en installation participative. Les vitrines deviennent des dioramas tapissés de miroirs, accueillant des objets issus du magasin, de sa propre collection ou prêtés par des clients et collaborateurs, tous sélectionnés par l’artiste. « L’artiste va transformer toutes les vitrines en installation participative », précise Frédéric Bodenes, directeur artistique et image du Bon Marché Rive Gauche, dans un communiqué de presse.
Suspendus sous les verrières centrales, deux lustres monumentaux inspirés du célèbre porte-bouteilles de l’histoire de l’art dialoguent avec l’escalator. Autour, des rideaux de soie imprimée transforment l’espace en décor presque théâtral. Au deuxième étage, une galerie des glaces immersive mêle maison lumineuse, kaléidoscope géant et matériaux de récupération colorés.
Objets, miroirs et identités multiples
Au cœur du projet, une idée simple : donner plusieurs vies aux objets, comme un mandala que l’on crée et efface sans cesse. « Je suis attiré par les objets ayant déjà eu une première vie car ils sont imprégnés de souvenirs », confie Song Dong dans le communiqué. L’artiste va même à contre-courant de la logique marchande en récupérant les objets après leur achat pour les transformer en œuvres et raconter l’histoire qui se tisse entre eux et leurs propriétaires.
En tête d’affiche, l’un de ses autoportraits de janvier 2026, réalisé dans le cadre d’une série célébrant ses 60 ans, rappelle que chez cet artiste, l’identité elle-même est mouvante, multiple, en perpétuelle transformation. Avec Song Dong, on repart surtout avec une question en tête : et si nos objets savaient mieux raconter nos vies que nous-mêmes ?
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Photo de Une : Song Dong au Bon Marché




