Stephanie Gilmore, on raconte que vous aimez tant le Pays basque que vous auriez songé à vous installer à Biarritz. Est-ce vrai ?
Stephanie Gilmore : J’ai participé au festival de surf et de musique Roxy Jam ici, à Biarritz, dans les années 2010, 2011 et 2012, je crois. C’était en été. Les vagues étaient excellentes, mais surtout, l’ambiance était incroyable. J’ai remporté la compétition – d’ailleurs, je l’ai gagnée ici, sur la Grande Plage. Je me suis dit : c’est le paradis, je veux vivre ici. Mais je voyage tellement que je vis finalement plus dans les aéroports que dans une maison.
Entre deux voyages, êtes-vous toujours installée en Australie ?
Oui, c’est là que je passe la majeure partie de mon temps. L’Australie est un pays formidable pour le surf : nous avons une grande diversité de vagues, et la culture du surf y est très présente. Toute la côte Est est exceptionnelle, entre les point breaks, les beach breaks… Plus on descend vers le sud, plus les vagues sont puissantes, avec des slabs impressionnants. L’Australie-Méridionale est incroyable aussi, même si elle est réputée pour ses requins. Et la côte Ouest, avec ses vagues massives, fait parfois penser à Hawaï. Bref, si l’on veut se poser quelque part pour surfer, c’est un endroit idéal.
Vous avez remporté votre premier titre mondial à seulement 19 ans. Que pensez-vous aujourd’hui de cette jeune version de vous-même ?
C’était en 2007, à Hawaï. C’était ma première année sur le circuit, et j’ai remporté le titre. C’était mon rêve : devenir championne du monde. Ce moment a été un tournant majeur. Il m’a donné confiance. Le fait de rêver, puis de voir ce rêve se réaliser, c’était incroyable. Bien sûr, j’avais beaucoup travaillé – des milliers d’heures entre 12 et 19 ans –, mais ça ne m’a jamais semblé difficile, car je faisais ce que j’aimais. Cette première victoire m’a fait envisager que tout était possible. Après cela, je me suis dit : « Layne Beachley en a gagné sept… alors j’en veux huit. » Et le huitième titre a aussi été très marquant, presque magique, comme si tous les éléments s’étaient alignés parfaitement.
Votre style de surf est souvent décrit comme fluide, élégant, chorégraphique. Est-ce instinctif ou travaillé ?
Je pense que le style est très personnel. Il n’y a pas de règles. J’ai grandi en regardant Joel Parkinson, Mick Fanning, Tom Curren – une figure majeure –, Lisa Andersen, Chelsea Georgeson… Tous avaient une grande fluidité. J’ai surfé de longues vagues, ce qui pousse à rendre les mouvements naturels, instinctifs. Quand on regarde un surfeur fluide, on ressent quelque chose. Pour moi, je ne réfléchis pas en surfant. Je suis ce que je ressens. J’aime aller vite, être explosive, mais toujours avec style. Ce n’est pas un choix conscient, c’est juste comme ça. Peut-être que cela vient de là où j’ai grandi, à Snapper Rocks, sur la Gold Coast en Australie. Et maintenant, c’est amusant de voir que mon père, qui a 72 ans, surfe encore plus que moi. Il est incroyablement fluide. Je me dis parfois : « Peut-être que ce style me vient de lui ? »
Le surf est aussi exigeant mentalement que physiquement. Avez-vous des routines particulières ?
Oui, je cultive la gratitude au quotidien. Voyager et découvrir le monde m’a donné une immense reconnaissance pour la vie que je mène et le soutien que j’ai reçu, notamment de ma famille. Ce sont des choses simples, mais essentielles. Pour garder une certaine fluidité mentale, je crois qu’il faut rester curieux. Gagner un titre mondial ne signifie pas que l’on est au sommet de tout. En Australie, on valorise beaucoup l’humilité, et je pense que c’est une belle manière d’aborder la vie : rester ouvert, simple, reconnaissant. Cela permet de garder de la légèreté dans tout ce que l’on entreprend.
Avez-vous encore peur face à certaines vagues ou situations ?
Bien sûr. Les grosses vagues sont terrifiantes. Vous avez vu ce que surfe Justine Dupont ? Ce ne sont plus des vagues, ce sont des montagnes d’eau ! C’est un autre type de surf, mais très inspirant. J’aime ces personnes qui repoussent les limites. Kelly Slater, par exemple, est un modèle. Pour lui, l’âge ne compte pas. Il reste curieux, jeune d’esprit, et toujours aussi compétitif. Je pense que la peur fait partie du jeu. Récemment, je lisais un article du grimpeur Alex Honnold, dont l’ascension du big wall El Capitan est racontée dans le documentaire Free Solo (2018). Il disait que nous ne vivons plus assez de situations où notre survie est en jeu. Or, ces moments d’intensité sont essentiels : ils nous gardent alertes, vivants, présents. En surf, on les vit souvent : les requins, les récifs, les grosses houles… L’océan est l’un des éléments les plus puissants sur Terre. Et c’est quand on affronte ces peurs qu’on découvre ce dont on est réellement capable.
Est-il plus difficile de prendre position publiquement, par exemple sur la question de l’égalité entre les genres ?
C’est une bonne question. Prendre la parole, surtout en tant que personnalité publique, peut être intimidant, car les critiques sont inévitables. Mais pour moi, il n’y a pas de débat : hommes et femmes doivent être rémunérés de manière égale, à performance équivalente.
Êtes-vous fière d’avoir contribué à faire évoluer les choses dans ce domaine ?
Absolument. Chaque titre gagné offre aussi une plateforme pour porter un message plus grand que soi. Au début, j’étais concentrée sur la compétition, mais avec le temps, j’ai compris l’importance d’utiliser cette visibilité pour faire avancer les choses. On me dit souvent que j’ai œuvré pour l’égalité salariale, mais je n’étais pas la première. Des générations de surfeuses ont ouvert la voie, affrontant bien plus de rejet que nous. Elles ne verront peut-être jamais les bénéfices de leur combat, mais nous en récoltons aujourd’hui les fruits. Et je sais qu’elles en sont fières, tout comme je le suis. Le surf montre l’exemple, et d’autres sports suivent. Chez moi, l’AFL Women’s (AFLW), la ligue professionnelle féminine de football australien, remplit désormais les stades. C’est une période enthousiasmante pour les athlètes féminines.
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Vous inspirez beaucoup de monde. Qui vous inspire, vous ?
Des artistes comme Patti Smith, dont l’engagement artistique et politique reste intact malgré les années. Elle continue à se donner corps et âme dans tout ce qu’elle entreprend. J’admire aussi Tom Curren, pour son intégrité et son indépendance. Il vit selon ses valeurs, loin de la gloire. Et puis, évidemment, Kelly Slater, qui continue d’évoluer. Je suis aussi inspirée par les jeunes femmes du surf, comme Justine Dupont, qui n’a peur de rien. Elle vient d’avoir un enfant, et je suis sûre qu’à la prochaine houle à Nazaré, elle sera sur les plus grosses vagues. Enfin, j’aime beaucoup la musique, donc je puise aussi l’inspiration chez les musiciens.
Quel lien personnel entretenez-vous avec l’océan et les questions environnementales ?
Les surfeurs sont, souvent sans le vouloir, des activistes de l’océan. Nous observons directement les dommages causés aux littoraux. L’océan est essentiel : il produit de l’oxygène, nourrit des milliards de personnes, permet les échanges. C’est bien plus qu’un espace de loisir. Aujourd’hui, les gens prennent davantage conscience de tout cela et cherchent à agir à leur échelle. Aucun de nous n’est parfait – moi non plus. Je prends beaucoup l’avion, et l’industrie des planches est polluante. Mais ce qui compte, c’est de se poser les bonnes questions. D’où vient ce que j’achète ? Peut-on le recycler ? A-t-il été produit durablement ? Cela commence par des gestes simples. C’est le fameux triptyque : réduire, réutiliser, recycler. J’essaie aussi de privilégier les circuits courts. Acheter une carotte venue du Mexique quand on est en Australie, ça n’a pas de sens. C’est une démarche exigeante, mais nécessaire. Il faut penser global, agir local. Pour ma part, j’essaie chaque jour de limiter mon empreinte carbone et de vivre de manière plus consciente.
Avez-vous un objet fétiche qui vous accompagne partout ?
Ma Breitling Superocean ! Sinon, j’essaie souvent d’emporter un ukulélé ou une guitare. Mais je ne suis pas très attachée aux objets. Tant que j’ai mon passeport, tout va bien. Il me faut une bonne planche, une combinaison, une montre fiable… et je suis prête. Je n’ai pas vraiment de gri-gri.
Pourtant, Breitling, c’est le luxe, la solidité, le concret…
Oui, mais au-delà de la qualité, c’est surtout leur esprit que j’aime. Ils ont su rassembler des personnes brillantes dans des domaines variés : surfeurs, alpinistes, marins, chefs… C’est un mélange de personnalités très inspirantes. Lorsqu’on se retrouve, on passe des moments incroyables. Breitling fait un excellent travail pour raconter les histoires de ces gens animés par la performance et la précision. Ces valeurs, je m’y retrouve. Et c’est toujours un plaisir de collaborer avec eux. Comme entre surfeurs, l’ambiance est très naturelle.
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Photo de Une : Stephanie Gilmore




