Le matin s’étire doucement sur Merrion Square. L’herbe est encore humide, Dublin bâille sous un ciel qui hésite entre le gris et le bleu, et Oscar Wilde, figé dans la pierre et les couleurs, semble déjà nous observer. Allongée nonchalamment au coin du parc, sa statue aux reflets de jade et de granit bleu perle accroche la lumière. Elle fait face au 1 Merrion Square, la maison de son enfance, comme si l’écrivain n’avait jamais vraiment quitté les lieux. Cent vingt-cinq ans après sa mort, Dublin continue de dialoguer avec son fantôme.
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À l’étage de cette demeure géorgienne, aujourd’hui connue comme l’Oscar Wilde House, les fenêtres ouvrent sur le parc et sur la ville. On imagine le jeune Oscar, encore étudiant, observant le monde avec cette acuité qui deviendra sa signature. Ici, rien n’est figé dans une nostalgie convenue. La visite ne cherche pas à lisser les aspérités du personnage. On parle de l’écrivain adulé du West End, mais aussi de l’homme condamné pour son homosexualité, emprisonné, brisé, et pourtant jamais réduit au silence. Dans chaque pièce, la complexité d’Oscar Wilde affleure, entre éclats de génie et vertiges intimes.
Oscar Wilde, une figure littéraire et politique à Dublin
Dublin se parcourt comme un texte ouvert, ponctué de phrases célèbres gravées dans la pierre à Merrion Square, choisies par des figures de la culture irlandaise contemporaine. Les mots d’Oscar Wilde, d’une grande limpidité, continuent de frapper juste. Ils se glissent dans la conversation, s’invitent dans les cinémas, résonnent dans les bibliothèques anciennes.
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À la Marsh’s Library, à l’ombre de la cathédrale Saint-Patrick, le bois craque doucement sous les pas. L’air sent le papier ancien. Oscar Wilde venait lire ici, et l’exposition qui lui est consacrée semble prolonger ce silence studieux qu’il devait aimer. Plus loin, au Museum of Literature Ireland, ses mots prennent une autre dimension. De Profundis, cette lettre écrite depuis la prison, est relue, interprétée, projetée. Elle rappelle qu’Oscar Wilde est aussi une figure politique, un symbole LGBTQ+ dont l’Irlande contemporaine revendique l’héritage.
Le soir venu, la ville prend des airs de théâtre. Dans une salle feutrée, une pièce rejoue la vie d’Oscar Wilde comme on rejoue une partition trop longtemps interrompue. Dans un cinéma Art déco, ses dialogues retrouvent leur musicalité d’origine, en version sous-titrée. À Dublin, suivre les pas d’Oscar Wilde n’est pas un exercice muséal. C’est accepter de se laisser traverser par une voix qui, un siècle et quart plus tard, continue de regarder les étoiles.
oscarwildehouse.com ; ireland.com
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Photo de Une : Oscar Wilde Monument, Dublin © Tourism Ireland




