Vous avez lancé le manifeste « Au nom de la Terre » en 2021, avec l’objectif de devenir zéro émission nette d’ici à 2050. Quel est le premier bilan ?
Ces trois dernières années ont été très positives. Nous enregistrons une croissance à deux chiffres, là où la Champagne a un peu plus de mal. Nous vendons 400 000 bouteilles, dont 70 % dans les restaurants, 20 % chez les cavistes et 10 % en direct. Quant au volet biodiversité, nous avons planté 2 949 charmilles, et la vie des sols est déjà revenue : nous notons 30 % d’espèces supplémentaires. Nous continuons donc de prêcher pour l’agriculture biologique, c’est- à-dire pas d’herbicide, pas de pesticide et pas de chimie de synthèse.
Où en êtes-vous dans cette transition bio ?
Nous exploitons 25 hectares en propre, et 75 hectares via nos vignerons partenaires. Au total, 70 % sont en agriculture biologique. La nouvelle génération de vignerons a envie d’y aller. C’est très encourageant. Ils frappent à notre porte parce que nous les aidons d’un point de vue technique, mais aussi financier : nous payons les raisins bio 25 à 30 % plus chers et, pendant les trois ans de conversion, on leur verse une prime.
Vous venez de dévoiler votre nouvelle cuvée bio Réserve de la Terre. Quelles sont ses spécificités ?
Nous avions commencé avec une toute petite cuvée de 6 000 bouteilles certifiées. Celle-ci en compte 64 800. Elle a été élaborée à partir de trois millésimes extraordinaires : 2018, 2019 et 2020. C’est un vin qui est très peu dosé (2,5 g/l), avec une belle complexité : une petite bulle, un vrai corps mais très aérien, et une belle longueur en bouche. Le bénéfice du raisin bio est flagrant : il y a une tension, une énergie, une radiance, un côté solaire. Les avis sont très encourageants.
Quel est l’impact du changement climatique sur vos vins ?
Nous essayons de prendre le problème à la racine pour garder le style Telmont. Toutes nos actions vont dans ce sens. Le changement climatique n’est pas une contrainte mais une source d’innovation.
Après avoir allégé les bouteilles et éliminé le verre transparent non recyclé, les formats spéciaux ainsi que les coffrets cadeaux, vous annoncez des flacons aux 193 000 nuances de vert…
La bouteille représente en moyenne 40 % de l’empreinte carbone d’une Maison de champagne. Nous sommes donc en constantes discussions avec Verallia, notre fournisseur verrier, afin de réduire son impact. Or, pour passer d’une teinte A à une teinte B, il y a une production de 193 000 bouteilles de couleurs différentes qui ne correspondent pas aux standards chromatiques. Nous les prenons toutes. Elles seront sur le marché en 2026.
À côté du manifeste, vous avez créé le collectif Telmont – Au nom de la Terre, qui regroupe des personnalités engagées pour la préservation de l’environnement. Quel est son rôle ?
Le collectif s’est créé de façon spontanée, avec des profils très variés, comme le navigateur Romain Pilliard, le chef étoilé Florent Pietravalle, le pêcheur Mathieu Chapel, les marques Brompton et Ecoalf, ou encore depuis peu la Japonaise Maha Kikugawa, fondatrice de Treeful Treehouse. Nous nous réunissons une fois par an. L’objectif est que chacun partage ses bonnes pratiques et ses problématiques.
D’aucuns disent que, comme vous partez d’une feuille blanche, votre action est simple. Que répondez-vous ?
Je dis que nous sommes une start-up centenaire. La Maison est née en 1912. Bertrand Lhôpital, notre chef de cave, est la quatrième génération. Aujourd’hui, nous sommes seize : huit femmes, huit hommes. Nous avons la chance d’être accompagnés par le groupe Rémy Cointreau et Leonardo Di Caprio, entré au capital il y a deux ans. Cela nous pousse à aller plus vite. Nous prenons des décisions qui sont très agiles. Nous ne sommes pas là pour juger : chacun y va à son rythme. Le projet Telmont n’est pas parfait, mais il a du sens. On avance. Et si cela peut inspirer d’autres Maisons, c’est tant mieux.
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Photo de Une : Ludovic du Plessis, président de Telmont.




