Avant (c’est-à-dire au XXe siècle), c’était simple : en juillet ou en août, on chargeait la voiture, on montait dans le train ou on grimpait dans l’avion, en famille ou entre copains, direction Farniente Land avec châteaux de sable sur la plage, chipos au barbeuk et soirées au rosé. Et, au bout de trois ou quatre semaines, retentissait la sentence : « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! »*
Mais ça, c’était avant. Sous l’influence du bouleversement du travail et de la société, les vacances ont bien changé : plus morcelées (on ne part plus un mois d’un coup), moins glandouilles (la wifi a engendré le « digital nomad » qui bosse quel que soit l’endroit où il se trouve), plus aventureuses (le développement des compagnies low cost octroie la possibilité de partir où l’on veut à moindre coût), moins sédentaires (l’essor de plateformes comme Airbnb permet de s’offrir une vraie maison dans plusieurs régions inconnues)…
Une révolution que souligne Jean Viard, sociologue spécialiste des « temps sociaux » : « Nous ne parlons que du travail alors qu’il occupe si peu nos vies, de 10 à 12 %, là où il comptait pour 40 % en 1936. Vacances et voyages ne sont plus un “à-côté” de nos vies, mais un moteur de nos projets et de nos désirs », écrit-il dans son livre Le Triomphe d’une utopie, la révolution des temps libres (Éditions de l’Aube, 2015). Au rayon de ces nouveaux « projets » et « désirs », une tendance occupe le devant de la scène : les vacances affinitaires.
Des vacances à soi
« J’avais passé un été un peu foireux l’année dernière, raconte du haut de ses 32 ans Alice, commerciale dans une agence de pub. Par hasard, je suis tombée sur une retraite yoga organisée en Bourgogne sur Namastrip. Je ne connaissais personne sur place, j’y suis allée et j’ai découvert une vie de groupe qui se retrouve autour d’une passion. J’y ai même rencontré mon mec, avec qui je suis toujours aujourd’hui ! »
Comme Alice, ils sont des milliers à écourter leur été pour mieux profiter d’une escapade hors saison liée à leur passion, loin des potes et de la famille. On ne sait pas qui de la poule ou de l’œuf, toujours est-il que des voyagistes se sont engouffrés dans la brèche, comme le Club Med qui fournit des séjours de la sorte, majoritairement autour du sport.
« Nos clients souhaitent de plus en plus trouver des lieux pour des séjours sportifs. Il s’agit soit de personnes qui désirent s’octroyer un moment pour eux et ne faire que du sport, soit des fédérations, des clubs de sport ou des entraîneurs qui veulent proposer à leurs adhérents/clients des stages en dehors de leurs structures », nous explique-t-on à la communication du Club Med.
À fond le sport
« Pour moi, c’est le padel, que je pratique de plus en plus intensément », témoigne Karl, « joueur-voyageur » de 25 ans qui en avait un peu marre de stagner en compagnie de ses partenaires habituels. Il a profité d’une offre de La Toupie Bleue à Tenerife pour améliorer sa « bandeja », ce coup magique pour maintenir l’adversaire éloigné du filet, tout en soignant son bronzage sur les plages canariennes.
Il a aussi fait connaissance avec ses « frères » d’équipée et noté quelques numéros de téléphone afin de poursuivre sa progression de retour en France en leur compagnie. « Le padel se place effectivement sur le podium des vacances affinitaires puisque c’est une activité qui séduit de plus en plus de personnes, alors que le nombre de terrains est encore très faible, affirme-t-on du côté du Club Med. Ainsi, les clubs ou groupes d’amis pratiquant ce sport sont très intéressés pour venir passer une petite semaine au Club Med, où ils peuvent se perfectionner. Le golf, la plongée et le tennis sont aussi très prisés auprès de communautés de sportifs qui recherchent des destinations avec des offres packagées pour faciliter la logistique de groupe. » Née de l’autre côté de l’Atlantique, cette tendance traduit un désir de vie plus saine, plus communautaire, plus autocentrée. Des adjectifs qui vont comme un gant aux années 2020.
* Selon le mot de Georges Marchais en 1980 dénonçant la « trahison » de François Mitterrand sur le programme commun PS-PC.
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