Pourquoi avez-vous accepté de faire une exposition au Bon Marché ?
Depuis 50 ans, j’œuvre dans des sites tous différents, et mon travail consiste à ajouter ou retrancher certains éléments dans l’endroit en question. Un magasin est un lieu public avec une activité qui, a priori, n’a rien à voir avec des expositions d’œuvres artistiques. La première évidence, c’est que la concurrence visuelle est à son maximum, comme d’ailleurs dans la rue.
Si nous étions sur la chaussée, il y aurait tout de suite une sorte de simultanéité avec des éléments tous complètement différents – des publicités, des motifs architecturaux, des gens qui bougent… Au Bon Marché, on n’en est pas très loin dans la mesure où les visiteurs ne viennent pas exprès pour voir l’exposition, sauf une petite minorité. La plupart viennent là pour faire des courses et, tout d’un coup, ils peuvent être surpris, et je peux ainsi toucher un autre public.
Le titre de l’exposition évoque les carreaux des verrières du Bon Marché. Comment avez-vous procédé visuellement ?
Le carré est la ligne directrice de toute l’exposition. Nous sommes partis d’un carreau moyen des grandes verrières. Il mesure 52 cm, et c’est le même partout. Il était beaucoup utilisé à l’origine du Bon Marché. Quand on m’a invité, je n’ai pas tout de suite pensé aux carrés, cela m’est venu plus tard. Il y a deux œuvres dans l’atrium en lien avec l’architecture du lieu, qui naviguent au milieu de cette masse de lumière, ce qui explique pourquoi j’ai demandé à un technicien artiste de l’éclairage, Madjid Hakimi, de voir ce qu’il pouvait faire. Nous avions déjà collaboré deux fois, là, c’est la troisième, j’étais ravi.
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L’autre espace, au deuxième étage, est une salle plus ordinaire, fermée et en dehors de l’affluence générale du grand magasin. Cela m’a permis d’imaginer un autre type de constructions, plus isolées par rapport à tout le reste. C’est assez agréable de raconter des histoires différentes dans un même espace.
Blanc et rose pour les deux œuvres dans l’atrium, bleu et jaune pour les deux cabanes éclatées… Comment avez-vous choisi vos couleurs ?
Il n’y a pas d’explication, je n’aime d’ailleurs pas en donner. Je prends les couleurs comme elles me viennent, pour moi tout est possible. Je n’ai pas de couleur préférée et, même si j’en avais une, je ne le dirais pas. En un demi-siècle, j’ai fait des foules d’expérimentations.
Dans certains endroits, il y a des couleurs qu’il vaut mieux ne pas utiliser quand on connaît leur incidence avec le lieu en question, qu’elle soit culturelle ou émotionnelle. Par exemple, au Japon, je vais faire attention à m’interdire le violet et le blanc parce que, pour les Japonais, c’est un signe de funérailles, et je n’ai pas forcément envie que mon travail soit vu avec ces idées-là derrière la tête. C’est très facile de se faire piéger. Si on effectue un travail dans une ville et qu’on prend les couleurs de l’équipe de foot adverse, tout de suite ça déclenche des polémiques stupides… Bref, ce sont mes seules contraintes. La couleur est essentielle dans ma réflexion concernant mes œuvres, mais ce ne sont jamais mes goûts à moi !
Aux beaux carrés : travaux in situ, exposition conçue par Daniel Buren dans le cadre de la Carte Blanche du Bon Marché Rive Gauche a lieu en deux actes. L’Acte I se tient en ce moment et jusqu’au 18 février. L’Acte II sera visible du 29 juin au 15 août. lebonmarche.com/fr/aux-beaux-carres-daniel-buren
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Photo de Une : © DB-ADAGP Paris




