newstalgie

La newstalgie, la tendance entre rétro et vintage

Ni rétro ni vintage, la « newstalgie » consiste à regarder vers le passé pour le mixer avec le présent et se projeter dans le futur. Une alchimie qui pourrait bien rester le sentiment collectif le mieux partagé des années 2020.

Raphaël Turcat

« C’est le plus beau maillot de l’équipe de France depuis 50 ans. » C’est par ce tweet que Vincent Duluc a salué, le 23 mars dernier, la nouvelle tunique des Bleus lors du match amical contre l’Allemagne, qui s’est soldé par une défaite 2-0. Mais, ce soir-là, dans l’enceinte lyonnaise, l’essentiel était ailleurs, comme le soulignait l’éminente plume du journal L’Équipe : un maillot bleu roi, un short blanc, des chaussettes rouges et un coq à l’ancienne qui rappelle l’équipe de France de Platini à la fin des années 1970, celle qui enfantera par la suite les monstres de football que les joueurs hexagonaux sont devenus.

« La tenue France 2024 rend hommage aux légendes du passé et célèbre la diversité qui a écrit l’histoire du terrain, nous explique-t-on chez Nike, l’équipementier des Bleus. L’écusson oversize sur le devant du maillot évoque les équipes multiculturelles des années 1980 qui ont rassemblé une nation et inspiré les générations suivantes pour gagner toujours plus. Cette tenue intègre la technologie Dri-FIT ADV, un tissu innovant et léger. »

Si la décennie 2010 a été fortement marquée par un élan sans précédent pour le vintage, la suivante pousse le ballon un peu plus loin : puiser ses sources d’inspiration dans le passé, les hybrider avec les technologies d’aujourd’hui afin d’en faire un produit de la modernité. Pour un peu, on ne serait pas étonné par l’annonce d’un concert à l’Accor Arena où un hologramme de Serge Gainsbourg, richelieus Zizi sans chaussettes aux pieds, veste rayée Renoma sur le dos et cigarette électronique au bec, entonnerait devant 15 000 spectateurs : « La newstalgie, camarade ! »

Les « objets d’affection »

La « newstalgie » ? Cette contraction de « new » et de « nostalgie » est apparue dans le milieu marketing au début des années 2020, mais elle a pris un essor considérable depuis, touchant indifféremment la mode, l’automobile, la photographie, les jeux vidéo… Pas un domaine n’échappe à cette frénésie d’un retour vers le futur version 2024.

Recul ou avancée ? « Ni l’un ni l’autre, les sociétés ont toujours essayé de mixer présent et passé, décrypte Véronique Dassié, anthropologue, chercheuse au CNRS, auteur entre autres d’Objets d’affection, une ethnologie de l’intime. On n’invente pas, on ne crée pas, on n’innove pas sans s’appuyer sur les éléments antérieurs à l’époque vécue. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est la mise en avant d’un passé emblématique. Le maillot de l’équipe de France fait référence à une génération qui permet de se retrouver collectivement autour d’un objet faisant office d’élément du patrimoine, une référence que ceux qui ont connu cette époque peuvent aisément partager avec les plus jeunes. »

Et ce grand remake pop a l’air de faire un carton. En témoigne la liste des succès qui s’égrène jour après jour : l’instax mini Evo de Fuji, qui mélange finesse de l’analogique et avancées numériques, Super Mario Bros. Wonder, qui a repropulsé le plombier à la casquette rouge dans le monde merveilleux de la 2D, Crash Bandicoot ou Spyro, des hits de la toute première PlayStation, l’ID.

Buzz, nouveau combi VW qui s’inspire du T1, le van iconique commercialisé dans les années 1950-1960 et qui fleurait bon les planches de surf en bois, l’aventure et le patchouli. Porté par le succès de cet utilitaire nouvelle génération, « le nombre de véhicules Volkswagen Véhicules Utilitaires livrés aux clients a augmenté de plus de 24 % par rapport à 2022 », se réjouit d’ailleurs Lars Krause, membre du directoire de la firme allemande.

Une R5 mieux que la R5

Lorsqu’on demande à Paula Fabregat-Andreu, directrice projet design chez Renault, si la nouvelle Renault 5 E-Tech participe de cette grande vague de newstalgie, elle lui préfère le terme « rétrofuturiste » mais réfute une quelconque tentation vintage : « Les équipes de Mini et de Fiat 500 ont fait un super job dans les années 2010, mais on reste dans un design vintage. Avec la Renault 5, on voulait vraiment faire une voiture tournée vers le futur en ne produisant que des voitures électriques. »

Pour y parvenir, il a fallu que les équipes de Renault aillent creuser au plus profond de l’histoire R5. « Quand quelqu’un qui n’est pas un spécialiste des voitures va aborder le sujet, il va vous parler des détails qui restent en mémoire, jamais des volumes, par exemple. » Alors, Renault a envoyé le paquet sur les détails – phares « yeux », feux arrière verticaux, spoiler, grille sur le capot, cadre arrondi de l’écran intérieur, sièges tulipes… –, le tout couplé à la technologie d’aujourd’hui.

« La R5 de l’époque était révolutionnaire par sa forme carrée arrondie que nous avons voulu garder avec plusieurs difficultés à surmonter, comme la plateforme au centre de gravité abaissé, qui permet de ne pas avoir une voiture trop haute, comme le sont la plupart des voitures électriques », assène Paula Fabregat-Andreu, ravie du résultat de la nouvelle citadine. Avant d’avouer la force du design émotionnel dans cette entreprise : « Beaucoup de générations ont acheté une R5 ou l’ont vécue, en empruntant la voiture de leurs parents, par exemple. Nous avons donc dû réinterpréter les atouts de cette voiture mignonne, amicale, irrévérencieuse, profondément humaine. Et on a voulu y ajouter un côté encore plus sympathique avec des courbes arrondies, un porte-panier, un réceptacle en osier pour la baguette. »

Environnement jamais fixe

La nouvelle Renault 5 représenterait-elle l’acmé de la vague newstalgique qui traverse l’époque ? « C’est une marque populaire, française, évocatrice d’une certaine génération dans laquelle beaucoup vont pouvoir se retrouver et ressentir une appartenance à un collectif, continue Véronique Dassié. Elle est symptomatique d’une ère de la globalisation, où l’effet de standardisation engendre en contre- partie la volonté de retrouver des emblèmes identitaires qui permettent de marquer les différences, d’affirmer des singularités et de trouver les traits qui nous définissent culturellement. La nouvelle Renault 5, comme d’autres, va jouer ce rôle-là. »

Du coin de l’œil, on regarde sur notre table basse Journal d’un ingénu – une bande dessinée où Émile Bravo (éditions Dupuis) a redonné vie à Spirou et Fantasio nés 70 ans plus tôt ; en se posant cette question : et si nos vies tumultueuses – carrières professionnelles multiples, séparations, déménagements, bouleversements technologiques… – n’avaient pas elles-mêmes engendré cette newstalgie qui nous permet de poser nos repères ?

À l’autre bout du fil, Véronique Dassié abonde : « Dans les années 1960, les existences étaient plus tracées qu’aujourd’hui, les cartes étaient plus claires dès la naissance et la définition de notre identité était moins complexe à résoudre. Les bouleversements des modes de vie qu’a générés l’époque moderne requestionne régulièrement qui nous sommes à l’instant T. S’entourer d’objets d’attachement n’est pas tant se raccrocher à des temps moins incertains qu’une manière de réactualiser notre environnement qui n’est jamais fixe. »

C’est vrai que, en plus de nous rappeler notre première voiture, la Renault 5 version 2024 a l’air d’une sacrée bagnole. La newstalgie, camarade !


Lire aussi : Le retour de l’Orient-Express


Photo de Une : La R5 de Renault, en version classique et dans sa forme « newstalgie »

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