À l’ombre du Sancy, quand les brumes matinales tirent un rideau de gaze entre les pentes vertes du massif et le charme discret des vieilles pierres, le murmure de l’histoire littéraire se glisse partout. Ici, au creux des vallées de l’Auvergne, un nom surprend : Marcel Proust. Une présence presque spectrale, tissée non de grandes pages écrites sur place (car l’auteur n’a pas planté sa plume dans ces paysages volcaniques) mais par ses allées et venues, ses conquêtes thermales et l’écho que ces lieux ont laissé dans sa vie comme dans l’imaginaire des curistes et des voyageurs littéraires.
Dans les archives de la Belle Époque, l’Auvergne n’est pas citée avec autant de célébrité que Cabourg ou Illiers‑Combray. Et pourtant, le Mont‑Dore, petite station d’eaux auvergnate aujourd’hui encore dominée par le Puy de Sancy, fut une halte significative pour les grands malades et les amateurs de cure. Parmi eux, Marcel Proust, qui y entreprit un séjour avec sa mère au début du mois d’août 1896 pour trouver quelque répit à ses crises d’asthme. Parce que le climat volcanique de la région, pensé comme salutaire à l’époque, attirait les curistes de toute l’Europe, de George Sand à Charles Trenet, en passant par Edith Piaf.
Un écrin Belle Époque
Là, au centre de cette ville d’eau, se dresse encore l’imposant bâtiment de l’ancien Palace Sarciron, aujourd’hui transformé en immeuble mais inscrit aux Monuments historiques, qui, à la Belle Époque, rivalisait avec les grands palaces européens. C’était un lieu de rencontres, de confort et de conversations bourgeoises où les écrivains, artistes et aristocrates se retrouvaient après les bains. Marcel Proust y figurait, quelque part entre un thérapeutique séjour et une recherche de quiétude loin de Paris, au cœur de l’Auvergne.
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Le Mont‑Dore, avant d’être cette station animée que l’on connaît aujourd’hui, offrait un écrin d’architecture Belle Époque qui résonnait avec les sensibilités esthétiques de l’écrivain. Les façades néo‑classiques des thermes, les villas colorées, les établissements élégants structuraient une société en quête de raffinement et de santé – une atmosphère qui n’était pas sans rappeler à Marcel Proust ces lieux d’existences sociales dont il allait faire la matière de À la recherche du temps perdu.
Alors que l’on consomme aujourd’hui cette ville au rythme des sentiers de randonnée et des bains thermaux, je vous invite à une promenade à la manière proustienne : partez du parc thermal pour gagner, dans un souffle lent, le funiculaire du Capucin, souvent silencieux au petit matin, comme ces souvenirs qui nous reviennent sans prévenir. Là, laissez‑vous gagner par l’air vif du Sancy et imaginez Marcel Proust, carnet en poche, notant la qualité de la lumière ou la douceur des voix autour d’un salon de thé.
Les sources de l’écriture
Ce qui étonne le voyageur, c’est moins une « trace proustienne » directe au sens de lieux évoqués dans son œuvre (car l’Auvergne n’appartient pas à ce territoire romanesque canonique) que la façon dont ces paysages volcaniques, ces eaux thermales et ces villes d’eau ont nourri, à leur manière, la vie d’un homme pour qui les impressions et les souvenirs furent toujours source et matière d’écriture.
Et si l’on voulait prolonger ce pèlerinage littéraire, il faudra ensuite rallier Illiers‑Combray en Eure‑et‑Loir, là où Marcel Proust passa les étés de son enfance – scène originelle de Du côté de chez Swann – ou la Côte Fleurie à Cabourg qui devint Balbec, son refuge normand. Mais en Auvergne, entre thermalisme, ciels lourds et sommets silencieux, on découvre un autre visage du monde de Marcel Proust : celui d’un homme à la recherche non seulement du temps perdu, mais aussi de la paix des corps et de l’âme dans les eaux d’une France profonde.
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Photo de Une : Mont-Dore – image Canva




