Depuis ses premiers pas sur scène, Alexis Rosensthiel trace un parcours fulgurant. Couronné l’année dernière du prix de la meilleure interprétation masculine au Festival de Luchon, ce passionné de théâtre et de cinéma voit sa carrière s’envoler en étant à l’affiche de deux des films les plus attendus de 2026. D’un côté, Juste une illusion, le nouveau long métrage d’Éric Toledano et Olivier Nakache. De l’autre, Quasimodo, réalisé par Jean-François Richet, prochainement sur Netflix. À seulement vingt ans, Alexis Rosenstiehl possède déjà une présence magnétique.
Lorsqu’il traverse le lobby de l’hôtel Bristol, où nous avons rendez-vous, il capte tous les regards. Le charme opère immédiatement. Alexis Rosenstiehl, avez-vous un défaut ?
Alexis Rosenstiehl : Si je devais n’en donner qu’un, je dirais le manque d’organisation ! Je gère mon emploi du temps de manière assez catastrophique. Comme, en ce moment, je fais à la fois du théâtre et du cinéma, j’oublie des choses. C’est très perturbant !
Rêviez-vous de cinéma depuis toujours ?
Non, petit, je voulais être tennisman. J’étais fou de ce sport, ça allait très bien avec mon hyperactivité. J’y jouais beaucoup après l’école mais, lorsque j’ai eu douze ans, j’ai ressenti de fortes douleurs aux genoux. On m’a détecté un syndrome d’Osgood-Schlatter – une pathologie qui touche les enfants qui font beaucoup de sport. Le kiné m’a demandé d’arrêter le tennis, j’étais dévasté. C’est alors que ma mère m’a proposé de prendre des cours de théâtre pour m’occuper.
À partir de quel moment avez-vous su que vous vouliez en faire votre métier ?
Le vrai déclic, je l’ai eu à peu près au même moment, lorsque ma grand-mère m’a emmené voir Cyrano à la Comédie-Française. J’ai vu Michel Vuillermoz se produire dans cette immense salle et là, je me suis dit : « Tiens, mais c’est un métier en fait ! » Je suis très heureux d’avoir fait du théâtre, car, en France, on n’apprend pas à jouer devant une caméra, on apprend à jouer sur scène. Il faut bien commencer – et, pour commencer, il faut faire du théâtre.
Aimeriez-vous entrer à la Comédie-Française ?
J’en rêve ! C’est l’endroit qui m’a fait aimer la scène et qui m’a donné envie d’être acteur. Par exemple, jouer Louis Laine – le personnage de L’Échange de Paul Claudel – à la Comédie-Française, serait un rêve absolu !
Quelle formation avez-vous suivie ?
Il y a deux ans, j’ai intégré le conservatoire de Vincennes et celui du XIIIe arrondissement, en même temps et sans qu’ils ne le sachent – du moins au début ! Aujourd’hui, je suis les cours de la Thélème Théâtre École (TTE), et je m’apprête à passer le concours du Conservatoire national supérieur d’art dramatique. On verra bien ce qui se passe…
Vous êtes à l’affiche de deux films très attendus cette année. Pensez-vous que c’est parce que vous avez bien travaillé ?
Je m’estime surtout très chanceux. Je pense que je suis arrivé au bon moment, au bon endroit.
Arriver au bon moment, au bon endroit, c’est le job d’un agent, non ?
Absolument ! Mon agent, Juanita Fellag, me suit depuis le début, c’est elle qui m’a proposé les castings de ces deux gros films. C’est très important de bien s’entendre avec son agent, de se comprendre, de pouvoir tout se dire. Il s’agit d’une vraie relation de confiance. Comme j’avais très envie de travailler avec elle, je l’ai contactée par mail, avec une bande démo, et elle a dit oui. Donc, là aussi, c’était le bon endroit et le bon moment.
Dans Juste une illusion, vous jouez Arnaud, dix-sept ans. Quels souvenirs gardez-vous de votre adolescence ?
C’est vraiment au lycée que j’ai commencé à m’épanouir, à profiter et à sortir avec mes copains.
Aviez-vous du succès avec les filles ?
Au collège, pas du tout. Au lycée, comme un ado normal, c’est-à-dire que je me suis pris plein de râteaux ! Mais c’est là que j’ai rencontré mon amoureuse actuelle, et j’avoue que c’est la seule chose qui compte !
Camille Cottin et Louis Garrel jouent vos parents dans le film. Il y a pire…
C’est comme au tennis ou aux échecs : plus ton partenaire est bon, plus tu progresses. J’ai été gâté !
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Comment s’est passé le casting ?
On m’avait demandé d’envoyer une vidéo sur laquelle je devais me présenter, raconter mon rapport aux années 80, puis danser ou chanter sur une musique. Je me suis filmé en train de bouger sur du Bruce Springsteen, tout en me formulant que je faisais du grand n’importe quoi. J’ai été recontacté et, lorsque je suis arrivé au rendez-vous, Olivier Nakache m’a dit, en passant devant moi : « Eh, salut Bruce Springsteen, ça va ? » Deux minutes plus tard, Éric Toledano est passé à son tour et m’a lancé : « Oh, Bruce Springsteen, comment ça va ? » On a ensuite eu plusieurs rendez-vous, et j’ai reçu le feu vert deux ou trois mois plus tard. Ma mère et moi avons dansé de joie pendant près d’une heure !
Que gardez-vous du tournage ?
D’abord, les Creepers ! Ces chaussures sont aussi sublimes qu’importables ! Ensuite, qu’on peut faire un film en étant aussi sérieux qu’amusé de le faire. Il régnait une ambiance et une énergie incroyables !
Comment avez-vous passé le casting de Quasimodo de Jean-François Richet ?
Pendant le tournage de Juste une illusion, à la fin d’une scène, je me suis enregistré et j’ai envoyé la vidéo. Plus tard, on m’a proposé un rendez-vous avec la directrice de casting, Juliette Ménager. J’étais super content, car j’avais vu plusieurs films de Jean-François Richet, notamment L’Instinct de mort et L’Ennemi public n° 1, son diptyque sur Jacques Mesrine, que j’avais adoré. Quelques semaines plus tard, en apprenant que j’avais décroché le rôle, j’ai explosé de joie et je me suis dit : « C’est fou ce qu’il se passe ! »
Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?
Tout ce que je pouvais imaginer de plus grand dans un film. Le premier jour, on a tourné à la Manufacture des Gobelins, avec trois cents figurants et une centaine de personnes de la production. C’était complètement fou, grandiose !
Êtes-vous aussi à l’aise devant un objectif photo que devant une caméra ?
Ce n’est pas parce qu’on fait du cinéma qu’on sait poser. Poser, c’est un métier différent. J’apprends. Le petit objectif du photographe impressionne davantage que celui d’une grosse caméra. N’importe quelle photo qui sort de toi, avec les tenues choisies, dit quelque chose, raconte une histoire.
Avez-vous une devise qui vous inspire au quotidien ?
Quand je ne finissais pas quelque chose, mon père me disait toujours : « Il faut avoir de la suite dans les idées. » Cette phrase m’est restée.
Juste une illusion, d’Éric Toledano et Olivier Nakache, avec Camille Cottin, Louis Garrel, Pierre Lottin, Alexis Rosenstiehl et Simon Boublil. En salle depuis le 15 avril 2026.
Quasimodo, de Jean-François Richet, avec Vincent Cassel, Karim Leklou, Daphné Patakia et Alexis Rosenstiehl. Bientôt sur Netflix.
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Photo de Une : © Arno Lam/Charlette Studio



