Vins rosés et champagnes rosés ont progressé de concert ces dernières années, suscitant par leur pâleur l’intérêt des consommateurs. Les rosés de Provence ont donné le ton, la teinte baissant grâce au procédé de vinification, notamment de pressurage direct après la vendange.
Les champagnes, plutôt des vins d’assemblage avec en moyenne 15 à 20 % de vins rouges, ont maintenu quant à eux des couleurs plus soutenues. Le champagne rosé est d’ailleurs le seul vin dans l’Hexagone à autoriser un assemblage de vin blanc et de vin rouge, pratique formellement interdite pour les autres rosés en appellation d’origine.
Les derniers millésimes, très solaires, ont également ravivé leurs nuances. « Le rose pâle saumoné est toujours majoritaire, mais on trouve de plus en plus de robes framboise, cerise, fraise. Et, s’il y a toujours des aficionados de bouteilles en verre très blanc, on constate que beaucoup de Maisons et de vignerons renouent avec des bouteilles sombres pour protéger le contenu, notamment des goûts de lumière », reconnaît Geoffrey Orban, ambassadeur et formateur en Champagne.
Alliances gastronomiques
Le rosé en Champagne est aussi devenu une mode qui s’est mue en tendance durable. « Le champagne rosé au début du XXe siècle a failli disparaître. Mais il a bénéficié au début du XIXe du même engouement que les tranquilles, rappelle Geoffrey Orban. Les vignerons ont retravaillé le produit avec plus de précision, les Maisons ont créé la notoriété. » La campagne « La nuit est rose » avec un flacon sous une pluie de pétales de roses de Moët & Chandon s’était affichée alors dans les magazines… avant d’être interdite, loi Évin oblige.
Des Maisons comme Billecart-Salmon, Laurent-Perrier, Piper-Heidsieck ou Roederer ont beaucoup joué sur cette couleur, Ruinart et Veuve Clicquot étant sans doute les précurseurs, fin XVIIIe-début XIXe. Il s’appelait alors « œil-de-perdrix » ou « vin taché ». Aujourd’hui, il représente plus de 10 % des ventes champenoises et il est particulièrement apprécié en France, au Royaume-Uni, au Japon, en Allemagne, en Suisse…
« La demande progresse surtout dans les pays anglo-saxons, les pays nordiques et même en Chine, souligne Maxime Toubart, président des vignerons de Champagne. Il n’y a pas plus de producteurs, mais ils vendent plus de bouteilles et sur une large gamme de prix. Le fait que le champagne rosé soit passé d’une consommation de dessert à l’apéritif, et même au repas, a aussi aidé. »
Ce que confirme Bruno Paillard, à la tête du groupe Lanson-BCC et propriétaire du Château des Sarrins, en Provence : « En faisant avec mon champagne éponyme un rosé atypique, plutôt vineux et minéral, ce qui était loin d’être dans la typicité classique, je me suis ouvert les portes de la grande gastronomie et de l’export. Et ce qui n’était qu’une curiosité s’est imposé en restauration en une dizaine d’années. » Des Maisons communiquent même sur une association gastronomique comme Barons de Rothschild avec le brie de Meaux fermier du groupe Edmond de Rothschild, Maison Abelé 1757 avec Marie-Antoinette, une création sucrée du MOF Christian Vabret.
Lire aussi : Road trip en Provence à travers ses vignobles
Mêmes consommateurs, mêmes moments que les rosés
Pour Camille Gillard, cofondatrice du jeune champagne EPC, qui élabore également depuis l’année dernière le côtes-de-provence Aurose, « rosés tranquilles et champenois bénéficient de la même cible de consommateurs, plutôt des Millennials trentenaires. Les deux produits sont souvent sur le même moment de consommation, à l’apéritif, mais ne se cannibalisent pas. Les premiers sont plutôt vendus en bouteille et sont bus régulièrement ; les seconds, avec encore une image festive et toujours un peu sacralisée, sont plutôt à la verse. Mais on vend facilement les deux à nos clients en restauration, la qualité de l’un étant une garantie pour l’autre. Dans les deux cas, le packaging est primordial. »
Les champagnes rosés tout comme les tranquilles ont en effet cherché la valorisation par le packaging. « Les rosés ont clairement adopté les codes du champagne, festifs et en grands formats, pour s’imposer à l’apéritif, mais surtout pour conquérir les boîtes de nuit et les terrasses de la Côté d’Azur », estime Frédéric Panaiotis, chef de caves de la Maison Ruinart.
Pour le champagne rosé, certaines Maisons telles Laurent-Perrier pour son édition limitée Cuvée Rosé, Roederer pour Cristal, Perrier Jouët pour Belle Époque, Joseph Perrier pour la Cuvée Royale ou Alfred Gratien pour sa cuvée millésimée Paradis ont misé sur un flacon original et particulièrement esthétique, à côté de leurs cuvées classiques en rosé qui collent davantage aux codes habituels de la Champagne. Telmont avec son Réserve, Mailly Grand Cru avec ses Compositions Parcellaires, Jacques Selosse avec ses étiquettes à puce ont plutôt pris le tournant des étiquettes informatives pour une meilleure traçabilité auprès des consommateurs.
Lire aussi : Ça sent l’été et le rosé !
Photo de Une : Image d’illustration Canva




