Ancienne cavalière de haut niveau, Marina Hands aurait pu consacrer sa vie aux chevaux. Le destin en a décidé autrement. Très tôt, les cours de théâtre révèlent un talent singulier dont le cinéma ne tarde pas à s’emparer. En 2007, Lady Chatterley lui vaut le César de la meilleure actrice et l’impose parmi les comédiennes majeures de sa génération. Sur scène, deux Molières saluent également son parcours. Revenue à la Comédie-Française en 2020, elle en est aujourd’hui sociétaire.
Depuis le 22 juillet, elle est à l’affiche de De la Comédie-Française. Réalisé par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, le film plonge dans les coulisses de l’institution et suit les tribulations d’une troupe de comédiens à trois heures du lever de rideau.
En plein tournage d’une série Netflix sous la direction de Mélanie Laurent, Marina Hands nous parle de son métier, de ses convictions et de ce qui l’anime. Rencontre avec une actrice libre.
Devenir comédienne, était-ce un rêve d’enfant ?
Marina Hands : Je n’ai jamais rêvé de devenir actrice. En revanche, très tôt, j’ai eu envie de faire du cirque, des spectacles, de la danse, de la comédie musicale et de monter à cheval. J’étais une petite fille très timide. Je me souviens que je prenais des cours de danse dans une salle en bas de chez moi, avec une dame polonaise qui nous initiait à tous les styles. Cela m’a beaucoup aidée à prendre confiance en moi. Je n’étais pas très à l’aise à l’école, et pratiquer la danse, monter à cheval, me permettait de m’évader, de respirer.
Comment le métier d’actrice s’est-il imposé à vous ?
À l’époque, contrairement au cinéma, il fallait faire une école d’acteurs si l’on voulait travailler dans le théâtre, car les écoles de régie ou de mise en scène n’existaient pas. Comme j’avais envie de théâtre et de scène, j’ai dû suivre une formation d’actrice.
Avez-vous connu les débuts difficiles de nombreux jeunes comédiens ?
Au contraire, tout s’est enchaîné très rapidement, presque trop même. Tous les professeurs que j’ai rencontrés m’ont tirée par la main, poussée et encouragée. C’est grâce à eux que j’ai continué dans cette voie. J’ai commencé à gagner ma vie très tôt et je suis devenue actrice professionnelle sans savoir si c’était vraiment ma passion. C’est plus tard que j’ai réalisé que c’était la vie que j’avais envie d’avoir. Être actrice était très intimidant pour moi. Paradoxalement, jouer a été libérateur.
Dans quel état d’esprit étiez-vous à vingt ans ?
J’adorais jouer, mais je n’aimais pas tout ce qui va avec le métier : les interviews, le fait de devoir « se vendre », de « séduire » pendant les castings et les auditions. Ce n’était pas du tout mon truc. J’étais pétrifiée, et donc nulle ! Je pense que, si je commençais aujourd’hui, je n’aurais pas autant de chance, car il faut savoir se mettre en avant et travailler son image. Or, j’en suis incapable.
Après un premier passage à la Comédie-Française en 2006, vous avez choisi d’y revenir en 2020. Pourquoi ?
Tout simplement parce que je n’aime pas exercer mon métier seule. C’est comme pour mon rapport à l’image : je ne peux pas me concentrer uniquement sur moi, sur mes projets ou sur ce que je vais faire en tant qu’actrice. Pour être bien dans ma tête et dans mon métier, j’ai besoin d’être missionnée et de collaborer avec les autres, sinon je m’isole et me recroqueville. Revenir à la Comédie-Française, c’était redonner du sens à mon métier.
Le film De la Comédie-Française montre une attitude d’ouverture l’esprit de troupe, avec sa force et les passions qui en découlent. Selon vous, reflète-t-il la réalité ou le trait a-t-il été forcé ?
Non, il rend bien compte de la réalité, avec le stress et la fragilité extrême que connaissent les comédiens à la veille d’une représentation. Quand on fait du spectacle vivant, il y a quelque chose de très intense dans le moment même de la représentation. Le compte à rebours nous plonge dans des états limites, et notre entourage le paie un peu… L’intensité et la folie douce qui habitent les personnages du film sont bien réelles. Pour moi, toutes les situations sont plausibles, rien n’est tiré par les cheveux. Il aurait fallu un film de cinq ou six heures, ou une série, pour raconter toutes les aventures, les crises et les catastrophes qui surgissent avant une représentation !
La Comédie-Française est-elle une grande famille ?
Oui, vraiment. D’ailleurs, les pensionnaires l’appellent « la maison » ou « la ruche ». Sa devise, « Simul et singulis », qui signifie littéralement « être ensemble et rester soi-même », contient une utopie particulièrement pertinente aujourd’hui ! En tant qu’artistes, nous essayons ensemble de développer nos individualités singulières pour les mettre au service d’une communauté. Je trouve ce modèle extrêmement vertueux.
Que trouvez-vous au théâtre que vous ne trouvez pas au cinéma ?
L’autonomie. Je me sens beaucoup plus libre sur scène que dans un cadre imposé par un placement de caméra ou un découpage de film. Au théâtre, c’est vous qui décidez et qui avez le temps entre vos mains. J’aime cette responsabilité-là. Face au public, il y a quelque chose d’extrêmement rude, primaire, qui m’électrise complètement et que j’adore.
Avec le temps et à travers vos rôles, pensez-vous avoir acquis plus de maîtrise ou de lâcher-prise ?
Comme dans tout parcours de vie, davantage de lâcher-prise. Quand on comprend que les échecs et les ratages nous apportent des enseignements, on devient beaucoup plus philosophe. On intègre que les déceptions font partie de la vie. Cela me rend beaucoup plus ouverte aux audaces et au risque. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de me planter. J’aime l’idée d’être dans une attitude d’ouverture plutôt que d’hypercontrôle.
Parmi votre filmographie, un film est-il plus cher à votre cœur ?
Lady Chatterley, car il a eu un impact puissant. À l’époque, je n’avais pas mesuré sa portée féministe ni le fait qu’il traverserait les années. J’aimerais le présenter à des adolescents et animer un débat. J’adorerais parler de la liberté, du plaisir, du désir, mais aussi des questions d’honneur, d’adultère et d’ouverture à la vie. J’éprouve beaucoup de tendresse pour ce film. Pour une autre raison, je suis très attachée à Mère et Filles, de Julie Lopes-Curval. Il m’a permis de rencontrer l’une des actrices les plus merveilleuses : Catherine Deneuve. Souvent, je savoure la chance d’avoir croisé cette femme extraordinaire, éprise de liberté. Je repense toujours à ce film avec beaucoup de gratitude.
Avec le recul, que feriez-vous différemment ?
Je saurais dire non plus tôt. Quand j’étais plus jeune, même si j’ai toujours réussi à refuser quand il le fallait, j’ai parfois perdu du temps par peur de m’affirmer.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fière ?
D’avoir cinquante et un ans et de continuer à faire ce métier que j’aime toujours autant, malgré sa difficulté.
Y a-t-il une citation qui vous inspire ?
Une phrase d’Oscar Wilde, mais attention, elle est à double tranchant : « Tout ce qui nous arrive nous ressemble. » Elle m’a fait réfléchir à la part de responsabilité que je peux avoir dans ma propre vie. J’ai l’impression d’avoir souvent été à l’origine de mes échecs et aussi, heureusement, à la genèse de mes réussites.
Et le cheval dans tout ça ?
Le mien est en ce moment au box, près d’un grand ventilateur ! Sans les chevaux, je ne serais pas la même personne. Ils nous accompagnent dans toutes les épreuves de la vie. Mon cheval, c’est mon psy préféré.
Le secret des vacances réussies ?
Pas d’horaires ! Ni pour dormir, ni pour manger, ni pour ne rien faire.
Votre luxe ultime en vacances ?
Des massages, tout le temps !
Un endroit préféré pour vous ressourcer ?
La plage de Blonville-sur-Mer.
De la Comédie-Française de Martin Darondeau et Bertrand Usclat, avec Marina Hands, Pauline Clément, Danièle Lebrun, Guillaume Gallienne, Laurent Stocker… Actuellement en salle.
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Photo de Une : © Thomas Lavelle
Coiffure et maquillage : Mariam Saint Augustin
Stylisme : Sabrina Riccardi
Marina Hands porte des bijoux Statement



