La vue sur les îles de Porquerolles, du Levant et de Port-Cros est saisissante. Entre le massif des Maures et la Méditerranée, au cœur de l’appellation Côtes de Provence, le domaine s’étend sur une superficie de 144 hectares, dont 69 hectares de vignes, et 77 boisés et protégés. « Nous ne pouvons pas faire plus naturel comme environnement. Le lieu et le terroir sont exceptionnels », dépeint Nadine Fau, directrice générale de Château Galoupet. Un milieu préservé et sauvage. Et un formidable terrain de jeu… à sauvegarder.
C’est d’ailleurs la volonté de son propriétaire. Acquis par LVMH en 2019, ce vignoble historique, dont les origines remontent au XVIIIe siècle, s’est engagé dans une transformation ambitieuse vers l’agriculture régénératrice. L’objectif ? Restaurer et préserver un sanctuaire de biodiversité, sans compromis sur la qualité ni la désirabilité. Et élever le rosé au rang des grands vins. « Nous souhaitons démontrer que nous pouvons sublimer un terroir en le régénérant, bien au-delà d’une viticulture protectrice traditionnelle, commente Nadine Fau. Car il faut commencer par avoir de bons raisins pour avoir un bon vin. »
Un rosé très vert
Sur ce chemin de l’excellence environnementale, Château Galoupet a engagé des mesures majeures. À commencer par la certification bio, obtenue en 2023 – le temps de la conversion – et, d’ici quelques mois, une certification biorégénératrice, plus poussée.
Mais qui dit « régénératif » dit « terre riche ». « Un désert, ça ne marche pas », illustre-t-elle. Le domaine s’inscrit donc également dans une démarche d’agroforesterie en intégrant des couverts végétaux, des haies et des bandes enherbées. Autant d’éléments qui jouent un rôle crucial dans l’enrichissement du sol, sa protection contre l’érosion et l’amélioration de sa porosité. À condition de choisir les bonnes plantes, car ce n’est pas une question d’essences locales : « J’adore le mimosa, mais c’est une plante invasive : aucune autre plante ne pousse autour », explique-t-elle. On privilégiera des graines de moutarde, de seigle et de pois, propices au développement de microorganismes et d’insectes nécessaires à la santé des sols.
Pour les identifier, le domaine utilise également des parcelles expérimentales : « Au total, nous avons quatre hectares d’essai qui nous permettent de tester différentes pratiques, mais aussi de nouveaux cépages, issus d’Italie et de Grèce », indique Nadine Fau. À cela s’ajoute la problématique de ruissellement à laquelle la région est de plus enplus confrontée. « La Provence est très sèche en été et assez pluvieuse en hiver. En bref, l’eau ne tombe pas au bon moment. Tout notre enjeu est d’essayer de la stocker et de l’utiliser lorsque l’on en a besoin. » Le domaine s’est donc organisé pour créer des systèmes d’irrigation et restaurer des retenues d’eau afin de favoriser l’infiltration dans le sol.
L’écoresponsabilité joyeuse
« Nous réfléchissons à chacune de nos actions, depuis la terre jusqu’au verre, sans nous écarter de nos deux rails : la qualité et l’écoresponsabilité », résume Nadine Fau. Dans le verre ? C’est une nouvelle cuvée que l’on déguste en cette saison estivale : le G de Galoupet, un vin au profil à la fois fruité et sec, né d’un assemblage de grenache, cinsault, rolle, syrah et tibouren, les cinq cépages phares du domaine. Un concentré de pratiques durables présenté dans une bouteille de seulement 300 grammes – l’une des plus légères du marché – et ambrée, car composée à 85 % de verre recyclé.
Le public pourra découvrir cette approche holistique dès cet été, grâce aux nouvelles infrastructures d’accueil du domaine. « Nous ne voulons pas être une forteresse verte. Le rosé doit rester un plaisir. Nous souhaitons avant tout que les gens apprécient notre vin et, par le biais de belles expériences, leur partager une démarche d’écoresponsabilité joyeuse », annonce-t-elle avec enthousiasme.
Réinventer l’écosystème chez Moët Hennessy pour la nature
« Galoupet est un peu notre laboratoire à ciel ouvert », se félicite Christophe Perthuisot, directeur de la recherche et de l’innovation chez Moët Hennessy. Le domaine joue en effet un rôle clé dans la recherche sur les sols et la compréhension des interactions entre la vigne et son environnement, offrant à la division Vins & Spiritueux du groupe LMVH des données précieuses pour anticiper les défis climatiques et adapter ses pratiques viticoles.
Car les impacts du dérèglement climatique et du déclin de la biodiversité sur l’activité sont déjà bien réels. « Nous sommes confrontés à des problématiques opérationnelles, telles que l’apparition de nouvelles maladies ou le manque d’eau dans certains de nos vignobles – notamment en Argentine, en Espagne et, de plus en plus, en Provence », expose Christophe Perthuisot. Et c’est sans compter les impacts sur les vins. « Les raisins sont plus chargés en sucre, ce qui génère des vins plus alcoolisés. En Provence, nous commençons à avoir des vins titrant 16 degrés. Les vins de Bordeaux sont également passés de 12,5 degrés à 14,5. C’est colossal », remarque-t-il.
Face à ces contraintes, le groupe a inauguré en 2021, en Champagne, un lieu dédié à la recherche et au développement : le Centre Robert-Jean de Vogüé. « Nous nous sommes fixé trois grandes priorités, les trois V : viticulture, vinification et verre, déclare Christophe Perthuisot. Ce centre est capable de reproduire les process de fabrication de toutes nos Maisons – de la production de raisin à l’embouteillage –, et même des process innovants. » Il ajoute : « Notre approche repose sur la collaboration avec des partenaires publics et privés. Nous avons un devoir de catalyseur et de partage avec nos partenaires et écosystèmes. »
La révolution du vivant
« En 80 ans, il y a eu deux grosses périodes d’accélération en termes de productivité : la mécanisation dans les années 50-60, puis la chimie, avec les engrais, les pesticides, etc., mais qui est incompatible avec la durabilité de notre planète, rappelle Christophe Perthuisot. Nous passons donc à une nouvelle révolution : travailler avec le monde vivant. » Cela passe par des pratiques durables, le biocontrôle, la gestion de l’eau et le traitement des maladies, en limitant les intrants chimiques, afin d’améliorer la qualité des sols. « Nous souhaitons adopter les meilleures pratiques régénératives à horizon 2030. Car la santé du sol est le vecteur principal de gestion des maladies, de la production, de la qualité… C’est le centre du jeu. Mais cela implique de réinventer tout l’écosystème. » Et de s’adapter aux conditions spécifiques de chaque terroir.
Ruinart, Krug, Moët & Chandon, Château Galoupet, Minuty, Hennessy, mais aussi Belvedere, Chandon ou Eminente… Moët Hennessy représente 27 Maisons. Et autant de sols, de climats et de positionnements différents. « Nous sommes en train d’adapter nos méthodes de recherche, et notamment d’équiper tous les vignobles de parcelles expérimentales », annonce le patron de la recherche.
Évaluation de la santé et de la résilience des sols des vignobles, impact du microbiote, données précises de l’état de santé hydrique des vignobles via les données satellites… Pour une meilleure compréhension de l’écosystème, les équipes de recherche s’appuient aussi sur l’intelligence artificielle. Objectif : l’arrêt total du recours aux herbicides – déjà effectif dans les vignobles des Maisons de champagne depuis 2020 et dans ceux des Maisons de cognac depuis 2021, entre autres – et la mise en place de pratiques régénératives dans 100 % des domaines d’ici à 2030, en plus de l’obtention des meilleures certifications environnementales locales.
« La biodiversité est l’un des quatre piliers majeurs de LIFE 360, la feuille de route environnementale du groupe LVMH, rappelle Hélène Valade, directrice de développement environnement du groupe de luxe. Notre objectif est clair : rendre à la nature tout ce que nous lui empruntons. » Dans cet esprit, LVMH s’est fixé l’objectif d’avoir régénéré ou réhabilité cinq millions d’hectares en habitat faune et flore d’ici à 2030, tous secteurs d’activité confondus. Déjà, 3,8 millions d’hectares ont été restaurés.
De la vigne au verre
Le modèle d’un groupe de luxe étant bien sûr avant tout basé sur la production de produits d’exception, le centre de R&D de Moët Hennessy travaille en parallèle sur la limitation du taux d’alcool, afin de générer des vins plus équilibrés et de qualité, et sur certains défauts du vin, comme la détection de l’arôme de champignon frais, capable de contaminer un pressoir entier !
Pour limiter leur empreinte carbone, les Maisons de Vins & Spiritueux agissent également sur la réduction du poids de leurs bouteilles et emballages. « La bouteille en verre, seule, peut représenter jusqu’à 40 % de l’empreinte carbone d’une entreprise viticole. C’est un point important de l’équation, rappelle Christophe Perthuisot. Il s’agit de passer à du verre recyclé et à des fours électriques, quand l’électricité est décarbonée. Et, bien sûr, nous travaillons sur l’allègement du verre avec une cible de réduction du poids de toutes nos bouteilles de 50 % au minimum, y compris pour le champagne. Une révolution dans l’industrie. »
Concernant le packaging, le plastique a été éliminé dans sa presque totalité, et les monomatériaux sont privilégiés : « Nos coffrets sont la plupart du temps conçus pour être facilement recyclables », assure Christophe Perthuisot, avant de conclure : « Il s’agit de trouver le bon équilibre entre ce qu’une Maison souhaite exprimer, ce que le consommateur attend et ce que la planète demande. Tout le rôle de la R&D est d’arriver à trouver des solutions répondant à ces trois dimensions en même temps. » Un challenge engageant… et passionnant !
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Photo de Une : Moët Hennessy




