À Ambonnay, entre Reims et Châlons-en-Champagne, au sud de la forêt de Verzy et au nord du canal de la Marne, l’océan de vignes s’étend à perte d’horizon. Sur le mamelon des Agusons, nous sommes sur les terres de la Maison de champagne Perrier-Jouët. Près d’une grange abandonnée apparaît une installation pour le moins insolite et déroutante. 74 colonnes en argile et terre cuite vernissées d’oxydes de fer naturels cernent un îlot en friche de près de 285 m2.
Insérés dans ces totems de céramique couleur champagne, beige, ocre et rosé, une trentaine de modules percés de cavités de différents diamètres ont vocation à abriter des insectes. Les petites bestioles attirent ainsi chauve- souris et oiseaux, trop heureux de dénicher un garde-manger dans ce véritable îlot de nature perdu au milieu d’un paysage agricole monochrome. Les promeneurs sont invités à observer les lieux sans y pénétrer. Ces colonnes de céramique semblent sorties de terre telles des sentinelles veillant sur l’écosystème de ce bout de terre ensauvagé.
L’œuvre imaginée avec l’aide d’une entomologiste et d’une experte en viticulture régénératrice a été baptisée Cohabitare. Elle a été conçue par deux designers milanais, Andrea Trimarchi et Simone Farresin, du studio Formafan- tasma. Ces spécialistes d’une vision globale et novatrice du design illustrent une approche holistique de la Maison champenoise et interprètent ainsi in situ une démarche environnementale par une création utile et esthétique.
Une interprétation musicale
L’expérience de viticulture régénératrice de Perrier-Jouët couvre actuellement 28 hecta- res, soit plus de 40 % de son vignoble, et la totalité d’ici 2030. En charge du projet, Jessica Jazeron y veille, s’attachant à enherber les parcelles avec des légumineuses et des plantes fleuries sauvages. La démarche à Ambonnay est complétée par de la vitiforesterie et la création de corridors écolo- giques sur les parcelles de Cramant et Mailly. Initiée en 2021, elle fait suite aux engagements de la Maison déjà certifiée VDC (Viticulture Durable en Champagne) depuis 2016.
« Outre la nourriture pour la faune, les plantes semées servent d’engrais naturels, alimentent la biodiversité et apportent de l’azote à la vigne », précise la responsable R&D. Le lopin d’Ambonnay a aussi été interprété par l’éco-acousticien David Monacchi à partir d’enregistrements réalisés au cours de l’été dernier. Sa composition baptisée Oecanthus (du nom latin du grillon) suivra l’évolution de la parcelle sur trois ans.
En la faisant voyager à Tokyo, Miami, Hong- Kong et Milan, il fera vivre ce bout de vigne auprès de ceux qui n’auront pas l’occasion de le visiter. Dans le cadre de Cohabitare, Formafantasma a également participé à la création des coffrets et des bouteilles de deux éditions limitées pour Perrier-Jouët Belle Époque 2016 et Perrier-Jouët Blanc de Blancs. Leur design illustré par quelques espèces de faune et flore identifiées dans les vignes de la Maison réinterprète en couleurs les relations d’interdépendance entre les espèces.
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Photo de Une : Cohabitare – Perrier-Jouët ©Formafantasma




