Pont-Aven a la peinture dans le sang. À quelques kilomètres de la côte bretonne et de Concarneau, cette petite ville de 2800 âmes à l’année a été le lieu de prédilection de la nouvelle vague d’artistes à la fin du XIXe siècle, en quête de ses décors et de ses coutumes locales à reproduire sur toile. Popularisée par Paul Gauguin en 1886, Pont-Aven est alors le terrain des peintres réalistes et impressionnistes.
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Les références à ce passé artistique sont légion à travers la ville. En plein cœur du bourg, La Pension Gloanec, aujourd’hui librairie, était ainsi l’hôtel favori des artistes de la mouvance impressionniste. À sa tête, la tenancière Marie-Jeanne permettait à ses hôtes, à l’époque peu reconnus, de vivre à crédit. Elle a ensuite ouvert quelques pas plus haut une annexe voisine. Les plus grands noms du mouvement impressionniste y ont vécu, parmi lesquels Paul Gauguin, Emile Bernard, Paul Serusier ou encore Gustave Loiseau.
À l’inverse, juste à côté, là où se trouve désormais la galerie L’Oiseau bleu, se trouvait un hôtel plus prestigieux qui accueillait les peintres réalistes. La légende raconte que les impressionnistes, au porte-monnaie moins rempli que leurs voisins, avaient tendance à voler les toiles des réalistes pour peindre par-dessus.
14 moulins et 15 maisons
Le pèlerinage sur les pas de Paul Gauguin commence donc là où l’artiste avait ses habitudes. La Pension Gloanec existe toujours : après une rénovation complète à l’initiative de son nouveau propriétaire, AR collection, l’annexe de l’établissement est devenue La Pension du Moulin, un hôtel de charme aux volets bleus. On y réserve une chambre pour s’imprégner de l’ambiance particulière de Pont-Aven.

L’immersion commence dès la sortie de l’hôtel, puisque les maisons du centre-ville remontent au XVIIe siècle. Deux possibilités s’offrent alors à nous : suivre le circuit proposé par l’office de tourisme qui revient sur différents sites liés à Paul Gauguin, ou se laisser porter pour découvrir au détour d’une rue une ressemblance avec des tableaux.
L’artiste s’est longuement inspiré de Pont-Aven pour créer, à l’image de son œuvre Les Lavandières, qui illustre la vie meunière de la ville, rythmée par l’Aven et les marées du port en contrebas. Il faut dire qu’on y trouve un grand nombre de moulins, à tel point que sa devise est « Pont-Aven ville de renom, 14 moulins et 15 maisons ».
Un tableau dans l’assiette
Arrêtons-nous un instant dans l’un de ces vestiges meuniers : Rosmadec Le Moulin. Aujourd’hui restaurant, le 11e moulin en descendant l’Aven fait partie du groupe AR Collection, comme La Pension du Moulin quelques encablures plus loin. Sous la houlette du chef Sébastien Martinez, poulain de Christian Le Squer, l’établissement a renoué avec son histoire en décrochant une étoile Michelin en 2021. C’était la première table du Finistère à être récompensée par le petit guide rouge en 1933.
Niché dans un coin de verdure au-dessus de la rivière, Rosmadec nous plonge dans un authentique établissement local avec ses parois de granit, roche typique de la région. Dans son jardin d’hiver, on profite de la vue et du doux bruit de l’Aven, avant de découvrir la farandole à la fois artistique et gastronomique de Sébastien Martinez. Le chef rennais tient à mettre en lumière les produits du terroir breton et les sublime grâce à sa patte si particulière, lui qui fut notamment chef saucier au George V à Paris.

Les moules Gauguin de Sébastien Martinez au Rosmadec Le Moulin. © Lola Bondu
On retrouve au passage une référence à l’impressionnisme avec les moules Paul Gauguin, devenue l’une de ses entrées signature. Il faut dire que Sébastien Martinez habille toutes ses assiettes à la manière d’un tableau. Chaque étape du menu est un nouvel émerveillement pour les yeux, et aussi pour les papilles, à l’image du homard bleu rôti et ses petits pois encore croquants ou de la sardine de Lorient et son bouillon bleu iodé. Les plats du chef, comme le décor du restaurant, ont même fait le show dans le film La Réparation, avec Clovis Cornillac, sorti au printemps 2025.
En quête du Christ jaune
Après l’impressionnisme dans les assiettes, il est temps de partir en quête d’un tableau incontournable de Paul Gauguin : Le Christ jaune (1889). Ne pensez pas le trouver dans l’une des multiples galeries d’art de la ville, héritage de cette période artistique, ni au Musée de Pont-Aven. Cette œuvre emblématique du symbolisme se trouve outre-atlantique : depuis 1946, elle est conservée à la galerie d’art Albright-Knox de Buffalo.
En revanche, il est possible de découvrir ce qui a inspiré le peintre. Pour cela, grimpez au sommet de Pont-Aven et traversez le Bois d’amour (lui-même très présent dans les tableaux des réalistes et des impressionnistes). Après une petite demi-heure au cœur de la forêt, vous trouverez la chapelle de Tremalo, l’une des plus célèbres chapelles au monde puisqu’elle abrite le véritable Christ jaune.
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La balade impressionniste se termine au Musée de Pont-Aven. L’établissement culturel se trouve en lieu et place de l’annexe de l’hôtel prisé par les peintres réalistes, mais se destine plutôt au mouvement de Paul Gauguin. Le musée revient sur la chronologie des lieux et raconte comment Pont-Aven, relié à Paris grâce au chemin de fer et à la gare de Quimperlé à une trentaine de kilomètres, fut un idéal pour les artistes à la recherche de modèles exotiques. Ses expositions temporaires reviennent sur les différents mouvements liés à Pont-Aven, l’impressionnisme évidemment, mais aussi le symbolisme et le mouvement nabi.
Revenir avec de bonnes choses de Pont-Aven
Avant de partir, n’oubliez pas de vous intéresser à une autre tradition de Pont-Aven. La ville n’est pas connue seulement pour son héritage artistique, elle est aussi l’un des fers de lance de la pâtisserie bretonne ! Comment oublier les fameuses galettes et le palet de Pont-Aven, ces petits biscuits beurrés ? Il y a certes beaucoup de galeries d’art dans les rues, mais aussi beaucoup de biscuiteries.
En revanche, seulement deux font partie de l’histoire de Pont-Aven : Pen Ven, le boulanger qui a inventé le palet en 1890 en voulant faire un gâteau breton version mini, et Traou Mad, une biscuiterie remontant à 1920 et liée à la veuve du boulanger. Traou Mad (littéralement « les bonnes choses » en breton) est la plus connue des deux, grâce à ses boîtes à biscuit habillées avec des reproductions de Gauguin. De quoi vous retrouvez avec des œuvres dans vos valises !
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Nos bonnes adresses à Pont-Aven
Pour dormir : La Pension du Moulin, 1 place Julia Place De L’église, 29930 Pont-Aven. Chambre : à partir de 85 €. lapensiondumoulin.com
Pour un dîner gastronomique : Rosmadec Le Moulin, Venelle de Rosmadec, 29930 Pont-Aven. Carte : menu à partir de 65 €. rosmadec.com
Pour une crêperie (celle-ci se situe dans la plus vieille maison du centre-ville de Pont-Aven) : Crêperie Armelle, 1 place Henri Delavallee, 29930 Pont-Aven. Carte : environ 20 €. facebook.com/armellecreperie/
Pour des fruits de mer : Les Mimosas, 22 square Botrel, 29930 Pont Aven. Carte : environ 40 €. lesmimosas-pontaven.com
Pour un petit plaisir sucré : Aven Ice, 11 place Paul Gauguin, 29930 Pont-Aven. Carte : environ 5 €.
Pour une session shopping : Idées, 4-6 rue Emile Bernard, 29930 Pont-Aven. idees.fr
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Photo de Une : Les moulins sur l’Aven © Lola Bondu
Article initialement publié le 6 juillet 2024, mis à jour le 17 juin 2025.




