Il est des endroits où le dépaysement commence bien avant l’arrivée à destination. Le voyage vers Porquerolles est déjà une promesse d’exotisme lorsque l’on attend le bateau dans le vent, au bout de la presqu’île de Giens. De l’embarcadère de la tour Fondue, on aperçoit, posée au loin sur l’outre-mer de la Méditerranée, l’île surnommée « la perle de l’archipel des îles d’Or ».
Le monde semble déjà ralentir au rythme de la navette bercée par les vagues qui scintillent. Une vingtaine de minutes de traversée suffisent pour quitter la foule estivale du littoral varois et accoster dans le petit port bordé de maisons aux façades pastel, aux tuiles ocre et aux volets verts.
L’île n’est plus tout à fait sauvage, surtout l’été, respirant au rythme des flux de touristes déversés sur les quais. Mais elle s’apprivoise et se dévoile doucement en s’éloignant dans la nature, délaissant les bosquets de lauriers roses pour partir à l’assaut des allées de pins en pente douce. Ici, pas de voitures. On marche, on pédale ou on trotte à cheval sur une cinquantaine de kilomètres de sentiers balisés.
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La balade se déroule sous une lumière tamisée par les pins et les embruns, à l’abri du soleil éclatant dans un ciel saturé. On s’aventure sur les chemins sablonneux, entourés d’eucalyptus et de bougainvilliers, au milieu des vergers, des champs d’oliviers et des vignes, le tout sous le chant des cigales.
À l’est, on rejoint le cap des Mèdes, baigné par la mer, ou, vers l’ouest, la presqu’île du Langoustier. Au sud, on trouve le phare et les calanques. Au nord, près du port, se trouve le fort Sainte-Agathe, qui a longtemps servi à protéger la rade de Toulon des envahisseurs, et qui est maintenant un vestige de pierre veillant sur l’île depuis la colline. On y trouve aussi le fort de Repentance, un trésor caché reconverti en monastère.
Immersion dans l’art à la Villa Carmignac
Il faut se laisser envoûter par les paysages avant d’être ensorcelé par les étranges créatures de la Villa Carmignac, presque cachée dans la forêt. L’Alycastre, monstre marin légendaire, garde l’entrée et ne délivre un laissez-passer qu’aux visiteurs ayant réservé leur passage. La bâtisse abrite sur plus de 2 000 m2 la collection privée d’art contemporain du propriétaire des lieux. Édouard Carmignac et son fils Charles ont réinventé depuis une dizaine d’années ce coin de paradis. Des œuvres de Barceló, Calder, Nils-Udo, Lichtenstein, Basquiat et Klein y sont en villégiature permanente.
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En outre, la Villa Carmignac propose chaque été une exposition temporaire d’art contemporain – cette année sur le thème de Vertigo en jeux d’ombres, de couleurs et de lumières explorant les liens entre les phénomènes naturels, les éléments cosmiques et l’abstraction. L’expérience porquerollaise est multisensorielle, flirtant entre excitation visuelle et exaltation troublante face à une nature débordante. On pénètre pieds nus dans la Villa avant de flâner de salle en salle, de peintures en sculptures, sous le plafond d’eau ou en s’éloignant dans les jardins.
Avant de quitter les lieux, on peut aller siroter un verre de vin au domaine voisin de La Courtade, au caveau ou à la terrasse du Poisson Ivre, sous les guirlandes suspendues. Les quelques privilégiés qui ne doivent pas reprendre le bateau vers le continent s’attardent les jeudis d’été autour d’un dîner de prestige sous les pins, assistent à une séance de cinéma en plein air ou, les soirs de pleine lune, profitent d’une promenade sonore nocturne dans le jardin des sculptures.
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Les escales incontournables de Porquerolles
Au bout de l’île, là où le sable cède la place à la forêt profonde, Le Mas du Langoustier, ancien repaire de luxe redevenu hôtel paisible, accueille les hôtes dans un silence bucolique. De son restaurant étoilé, La Pinède, on regarde les derniers voiliers disparaître à l’horizon dans une atmosphère de bout du monde, devant une langouste grillée évidemment.
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Pour une soirée plus animée, on peut regagner le village qui, au soleil couchant, ressemble à une ancienne carte postale de Méditerranée, avec sa place centrale ombragée de platanes où s’attardent les boulistes. L’île retrouve un peu de sa quiétude, toujours teintée de show-biz. Divers restaurants sont possibles : Le Fly Deck, L’Orangeraie, L’Arbousier, Pélagos…
Sans oublier de goûter les glaces artisanales « made in Porquerolles » de CocoFrio. Pour dormir sur place (improvisation déconseillée), vous avez le choix entre le calme feutré de la Villa Sainte Anne, avec sa terrasse qui s’offre aux premiers rayons du soleil, L’Oustaou de Porquerolles, un cocon douillet à façade vermillon avec vue sur mer, ou l’hôtel Les Mèdes, au cœur du hameau.
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La plus belle plage d’Europe
Il faut aussi vivre l’île côté mer. Après la balade, la plage. On traverse un paysage qui fleure bon les romans d’été, entre les vignes balayées par le mistral et les pins d’Alep aux troncs tordus. La mer se devine au loin, avant de se dévoiler en une anse au long ruban de sable blond bordé d’eaux cristallines et turquoise, à faire pâlir un paysage seychellois. Notre-Dame a d’ailleurs été élue en 2015 « plus belle plage d’Europe ».
De l’autre côté se trouve la plage d’Argent, plus animée, où l’on savoure un déjeuner dans le restaurant éponyme. Ce dernier, établissement mythique, propose depuis les années 50 des poissons grillés et des salades de poulpe à l’ombre des parasols, accompagnés des vins du Domaine de l’Île, l’autre vignoble de Porquerolles.
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Pour les intrépides à la recherche d’un endroit pour se baigner, loin des foules, il y a la plage du Langoustier. On peut aussi découvrir l’île sur l’eau et dans l’eau, en catamaran, paddle, canoë ou kayak et même, pour les amateurs de plongée, à la rencontre des épaves mythiques du Donator ou du Grec.
En quittant, forcément à regret, ce bout de terre protégé par le parc national, on comprend mieux pourquoi elle a séduit l’écrivain Georges Simenon, qui venait y puiser l’inspiration. Son fils, le réalisateur Marc Simenon, y a acheté une maison dans les années 80 avec son épouse, Mylène Demongeot. Godard a tourné à Porquerolles des scènes de Pierrot le Fou avec Jean-Paul Belmondo.
Surtout, un certain François Joseph Fournier, qui avait fait fortune dans les mines d’or du Mexique, a acheté l’île en 1912 pour l’offrir en cadeau de mariage à sa jeune épouse. Sa famille et lui-même l’ont entretenue pendant des décennies. C’est finalement l’État, sous l’impulsion du couple Pompidou, qui a pris la relève pour protéger ce morceau de territoire varois au-delà du rêve.
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Photo de Une : Porquerolles © La Courtade




