Certains hasards frôlent le miracle. En 2023, le sommelier du restaurant du chef Paul Bocuse, à Collonges-au-Mont-d’Or, tombe sur 18 flacons oubliés de Ruinart Millésime 1926, dormant paisiblement dans les caves de l’institution. Des bouteilles qui ont traversé un siècle sans broncher, entre les guerres, les crises, les modes, et qui racontent aujourd’hui leur histoire pour la toute première fois.
Conscient de leur valeur patrimoniale, le sommelier propose à la Maison de les récupérer. Les voilà désormais conservées au 4 rue des Crayères : ce sont les flacons les plus anciens jamais détenus par Ruinart. L’un d’eux trône dans la Cave des Millésimes du nouveau pavillon Nicolas Ruinart, pour les amateurs qui savent où regarder.
Trois destins liés au Ruinart 1926
Ce qui rend ce millésime encore plus romanesque, c’est le fil narratif qui le traverse. En 1926, Maurice Hazart est confirmé chef de caves chez Ruinart – un poste qu’il occupe en réalité depuis 1911 déjà. Des décennies plus tard, son successeur offre quelques-uns de ces précieux flacons à Paul Bocuse, né cette même année 1926 et passionné de grandes bouteilles millésimées. Un clin d’œil du destin qui aurait rendu jaloux n’importe quel scénariste.
Quant au contenu ? Frédéric Panaïotis, chef de caves de 2007 à 2025, s’est lui-même déplacé jusqu’à Lyon pour inspecter les bouteilles. Sa note de dégustation donne le vertige : « Vin corsé, ayant de la chaleur. Le vin n’a pas été trop altéré par l’oxygène avec le temps. Il conserve encore des arômes de fruits mûrs, d’abricot, de citrons confits, d’oranges confites. C’est remarquable. »
Caroline Fiot résume avec élégance ce que représente cette cuvée : « Le temps est un complice quotidien de la vie d’un chef de caves. La découverte de ces flacons du millésime 1926 est une chance rare de pouvoir retracer le patrimoine œnologique de Ruinart. L’occasion de parcourir un siècle en champagne. »
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Photo de Une : Ruinart 1926 © Rachelle Simoneau



